TROFOR

L’incroyable DJ Screw

Comment ai-je pu vivre si longtemps plongé dans l’ignorance ? DJ Screw est la lacune des lacunes. Son immense talent n’a d’égal que l’indifférence dont fait preuve ses contemporains à son égard. Robert Earl Davis Jr. de son petit nom mérite une reconnaissance mondiale et éternelle. Il est l’inventeur d’un genre musical à lui tout seul, c’est d’ailleurs pour cette raison que son surnom est « The Originator ». Le « Chopped & Screwed » est ce genre qu’il a créé et qui porte son nom. A la rencontre de l’edit et du dub, les créations de Dj Screw se basent sur du matériel sonore pré-existant.

C’est bien simple, j’adore tellement DJ Screw, que j’ai du mal à en parler. Les mots se bousculent, les adjectifs manquent, même les superlatifs n’y peuvent rien, le langage atteint ses limites dans l’éloge de ce génie tout simplement.

Fauché par la mort en bonne rockstar, Screw n’a pas franchie la barre des 30 ans. Pourtant il laisse derrière lui une immense discographie essentiellement constituée de 235 mixtapes issues de son studio et parues sur son propre label : Screwed Up Records and Tapes. Il n’a pratiquement rien produit lui-même que des remix (Chopped & Screwed) des œuvres des autres mais sa contribution est néanmoins considérable. Il est à juste titre considéré comme l’uns des pionniers de la scène hip hop Texane d’où sont sortis les Geto Boys, Lil Flip et bien d’autres. Sa dimension underground et sa volonté de développer une sous-culture n’auront jamais été démenti, son indépendance le poussant même à refuser un pont d’or dressé par un des labels les plus en vue à son heure de gloire (Priority Record pour ne pas le nommer, le label de Snoop entre autres). Il a souhaité rester libre, dans l’underground, et fidèle à sa ligne. Le résultat est une œuvre intemporelle, parfaitement intègre et dont la dimension se révèle, au fur et à mesure des années qui passent.

La lenteur du rythme et la bassesse des sonorités nous renvoie forcément à une comparaison avec le dub. Mais le Chopped & Screwed va bien au delà car il associe à un ralentissement général des morceaux, une déstructuration essentiellement basée sur l’usage de passe-passe et donc de redoublement de beat et autres scratchs. En ralentissant et en destructurant les morceaux qu’il joue, Screw les fait entrer dans son univers. Un univers dans lequel les morceaux s’allongent, durant en moyenne 6 à 7 minutes au lieu de 3 à 4. Un univers dans lequel des sons apparaissent qu’on n’avait pas entendu dans les versions originales. Un univers dans lequel, la léthargie pesante du rythme fait écho aux claquements cinglants des scratchs créant une ambiance apocalyptique et industrielle, sombre et profonde à la fois.

Enfin, là où le génie se révèle vraiment c’est dans l’humilité de ses prétentions. L’artiste n’est ici qu’un interprète dont l’interprétation transcende l’œuvre elle même et la dépasse. Mais c’est bien dans l’humilité et l’effacement que l’acte créatif prend toute sa force.

Dj Screw est grand, il est éternel et son nom devrait être graver un peu partout afin de l’inscrire dans la mémoire de l’humanité qui lui doit tant.

Il a sa place au Panthéon, non pas le Panthéon du crunk, du dirty south ou de tel ou tel sous-genre ou sous-culture voué à disparaitre dans l’oubli, mais au Panthéon des grands hommes, celui des chevaliers des arts et des lettres, celui des prix Nobel et des auteurs classiques, le Panthéon de ses créateurs dont l’œuvre est enseignée, transmise, préservée, admirée.
Pour moi c’est simple, le B-A-BA serait de lui édifier une statue au cœur de Paris, pourquoi pas au centre du forum des Halles.


R.I.P. DJ Screw

More facts on english Wikipedia :
http://en.wikipedia.org/wiki/Dj_Screw

Here’s an example :
DJ Screw : MC Lyte / I Rock The Party


Catégorie : musique


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