
Une découverte de temps en temps ça ne fait pas de mal. Marcos Valle est un musicien brésilien. Sans rien savoir de lui, le simple récit de son concert d’hier à la maroquinerie constitue un prétexte de choix pour vous le présenter.
Cheveux blancs et longs en pétard autour de sa tête folle, l’homme dirige sa formation au centre de la scène, entouré d’un Fender Rhodes 73 à caisson, d’un synthé, de sa guitare et d’un mélodica. Son nez d’alcoolique brille et sépare les deux billes vitreuses qui lui servent d’yeux. Le visage rempli de bonheur et de tranquillité, il enchaîne les morceaux tous plus tubesques les uns que les autres dans un univers insolite à la croisée de la Bossa Nova et de la House. Le rythme est speed et accélère parfois jusqu’à l’hystérie des batucadas à tel point qu’une citation hors contexte s’impose ici : Catch the beat !
Oui, de la house, du son dancefloor qui donne envie de se trémousser, de sautiller, d’entrer dans un état de marathonien du sur place et de s’oublier entièrement dans l’extatisme d’une danse pulsionnelle et par là même incontrôlable. Au commencement était la samba, emprunte de tambours africains et de rythmes yorubas. Puis vint le Jazz et sa digestion brésilienne qui donna naissance à la Bossa Nova. Aujourd’hui réconciliés dans la culture mondiale, les genres disparaissent, se mêlent. Reste une langue suave et douce qui, lorsqu’elle rencontre les conditions musicales propices, se métamorphose en un feulement primal, un ronronnement incantatoire.
Bref, Marcos Valle c’est la grande révélation du week-end. Une énergie pure, une bonne vieille efficacité des familles, le tout dans l’ambiance joviale et bon enfant du folklore brésilien. Un genre de easy listening world survitaminé : que du bon.
Posted: octobre 29th, 2006
Categories:
musique
Tags:
Comments:
No Comments.

Masse, média et spectacle, trois termes qui résument à eux seuls la mondialisation. A ces trois thèmes correspondent trois penseurs, Canetti, Mac Luhan et Debord. Les trois dépeignaient dès le début des années 60 le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Le point commun de ces trois auteurs est l’approche organique de leur objet d’étude. Ils considèrent tous les trois le comportement humain comme un comportement animal. Ils sont les véritables biologistes de notre temps. Dans leurs travaux, ils placent tous les trois le langage au centre de leur étude.
Canetti considère l’alphabet comme l’exemple le plus parfait de l’ordre et fait un rapprochement entre l’aspect poli des armes humaines (dents, couteaux, etc…) et la politesse dans le langage. Chez Canetti, ordre et pouvoir vont de paire. Ce dernier trouvant son fondement dans l’ordonnancement parfait des lettres qui caractérise le langage.
Mac Luhan s’est penché quand à lui sur l’impact de l’électricité sur l’humanité. Il en conclue assez rapidement que les signaux électriques sont les seuls qui soient directement interprétés par le cerveau. C’est donc une substitution du langage électrique à l’ancien langage visuel que Mac Luhan met en évidence. Pour lui, l’ère de Gutenberg et révolue, l’écrit est le vestige d’un autre temps, le monde intégré à substitué le mythe à l’Histoire. Et rien de ce qui a été commencé avant ne pourra être fini après.
Guy Debord enfin, élabore une théorie qui semble découlée du travail des deux précédents auteurs. A Canetti il emprunte la notion d’instrumentalisation du langage à des fins de puissance et à Mac Luhan la notion de fin de l’Histoire et de présent permanent. Mais ce qui Guy Debord met en évidence, une fois le tri fait dans son travail et débarrassé de sa critique marxiste de la société, c’est l’avenir du langage, son devenir, sa faillite, sa corruption.
Pour Debord, mais cela est vrai pour Canetti et Mac Luhan, les hommes ont perdu la maîtrise du monde. L’humanité, sa culture, ont aboli la nature, réduite à l’état de trace, de souvenir.
Le langage, l’ensemble des langues qui le constitue, n’a plus la même fonction. Désormais, il fait parti du monde au même titre que les routes, les frontières et les canalisations. Le langage est devenu un réseau parmi d’autre, une illustration de ce qu’Oswald Spengler appelle la civilisation.
Les individus, pris au piège du spectacle électrique et de l’instantanéité ont perdu l’usage du langage. L’information a pris la place de la connaissance. Logos signifie image aujourd’hui alors qu’il s’agissait il y a quelques années encore du discours. L’image à remplacé le discours. Le géologue de Platon est devenu un publicitaire, un marchand d’armes.
La morale, issue des mœurs, tout comme l’ensemble des règles normatives que nous regroupons sous le terme de « Droits », n’ont plus de raison d’être dans un monde gouverné par l’immédiateté. L’usage ne justifie plus le mode de règlement des conflits. Le pragmatisme a remplacé le raisonnement.
Dans un monde sans histoire, aucune démonstration ne peut être utilisée comme la base d’une autre démonstration. La géométrie euclidienne n’a plus court. L’observation est devenue la science unique, la théorie quantique a bouleversé notre conception linéaire de l’écoulement du temps. Nos vies sont désormais des voies à double sens.
Dans cet univers retribalisé, les coutumes sont à réinventer. Le graffiti est une des formes de cette volonté de récupérer ce qui nous échappe, d’opérer une renaissance dans l’art, un sursaut d’humanité. Peindre des lettres dépourvues de sens au mépris de la loi sur les vestiges du décor concentrationnaire qu’offrent les mégapoles modernes à nos regards endormis : voilà une piste, une perspective de réveil.
Posted: octobre 25th, 2006
Categories:
idées
Tags:
Comments:
No Comments.