
Après Genève en 2002 et Kyoto en 2003, l’exposition « Jouable » s’installe à Paris du 20 novembre au 4 décembre pour son édition 2004. Vingt huit artistes investissent ainsi l’ENSAD pour y présenter leurs travaux sous formes de petits ateliers.
Le thème de cette exposition est la performance, le geste interactif. Où se pose la question de savoir comment intégrer le spectateur à une œuvre, lui conférer le rôle d’acteur, l’impliquer dans le processus créatif. Eternel pari mainte fois tenté et rarement réussi. D’où l’approche ludique qui justifie le titre même de cet évènement. Jouer à l’artiste, participer à une œuvre infinie qui nécessite l’intervention extérieure pour se parfaire. Dès lors, le seul critère que l’on puisse retenir et qui n’est d’ailleurs pas un mauvais critère, consiste à interroger chaque installation de la façon suivante : est-ce que c’est drôle.
Si la réponse à cette question avait été systématiquement négative, cet article serait sans objet. Mais il n’en est rien. Au milieu de travaux vains et peu stimulants, on trouve des pièces qui méritent la faveur d’un rictus. C’est le cas de l’extraordinaire photomaton fantôme imaginé par Vadim Bernard intitulé « Me-Ror », du « Mobilier Commun » d’Inès Jerray ou encore de « Tension Superficielle » par Elise Mougin. Et puis, si malgré tout rien ne parvient à vous divertir, si vous n’êtes pas assez joueur pour apprécier la jouabilité de tous ces travaux, vous pourrez tout de même vous défouler un bon coup en pénétrant l’univers simple et violent de l’installation signée Donald Abad « De L’Effort », une invitation à la boxe virtuelle.
Un fond désespérant, quasi inexistant, voilà ce que nous réserve l’art interactif de demain, qui fort heureusement conserve par sa forme les attributs indispensables à toute manifestation artistique : la faculté de stimuler un minimum d’intérêt et de nous inciter à franchir quelques barrières, aussi modestes soient-elles.
Posted: novembre 27th, 2004
Categories:
expo
Tags:
Comments:
No Comments.

Un film, un documentaire autobiographique, le témoignage d’une vie singulière, difficile de cerner la nature profonde de « Tarnation » long métrage actuellement dans les salles obscures signé Jonathan Caouette.
Le principe qui a gouverné la réalisation de ce film à petit budget est le suivant : depuis l’âge de 11 ans, Jonathan se filme et filme son univers, accumulant ainsi de la matière. Agé aujourd’hui de 31 ans et, n’étant pas cinéaste de profession, il a fabriqué son film chez lui sur son ordinateur personnel, le soir en rentrant de son job de portier sur la 5éme avenue. Le résultat, loin d’être marqué du sceau de l’amateurisme, est stupéfiant. Dans une avalanches d’effets un peu cheap et sur une bande son très arty, se succèdent des instantanés souvent violents de sa vie trépidante, douloureuse et tourmentée.
Le parcours de Jonathan et de sa famille, les tribulations d’un jeune traumatisé au pays de Mickey font parfois sourire, souvent frémir mais ne peuvent laisser indifférent. Doté d’une sensibilité acérée et d’un goût certain, il dissèque en images la maladie mentale, le rapport aux drogues, les préjugés de sa campagne texane et les excès de sa ville New York. Dans un kaléidoscope d’images de mauvaises factures, quoique toujours belles, dignes des grandes heures du revival du polaroïd et du cinéma underground du début des années 80, il se raconte avec tout le pathos qu’un tel étalage d’intimité peut provoquer.
Ce n’est certes pas le film du siècle et les procédés de réalisation sont parfois contestables mais le talent d’acteur du réalisateur, notamment dans sa petite enfance est saisissant et mérite à lui seul qu’on lui accorde deux heures de sa vie.
Posted: novembre 20th, 2004
Categories:
cinéma
Tags:
Comments:
No Comments.

Ol’Dirty Bastard a été foudroyé par la mort samedi dernier dans le studio où il enregistrait son prochain album à New York. La cause de sa mort violente liée à des problèmes de santé sera connue d’ici une semaine.
Le vieux bâtard crado, Russell Jones de son vrai nom, est un rappeur que tous les MC’s considèrent à juste titre comme extraordinaire, hors du commun. Il serait laborieux et peu intéressant de retracer ici toute la carrière de ce membre fondateur du Wu Tang Clan. Disons qu’il est une figure originale du rap, rabelaisienne, allumée, imprévisible. Ol’Dirty réussit à enfreindre des règles qui n’existent pas. Il se pose à sa façon sur le rythme et les mots dans sa bouche deviennent tous des insultes de joie. Le monde se mange cru. Il est de loin le plus déglingué, le plus j’m’en foutiste, le plus trashou, le plus véner, le plus jusqu’au boutiste de tous les rappeurs que la terre n’aie jamais porté. Fils spirituel d’un Flavor Flav, il a poussé le bouchon un peu plus loin que son aîné en ajoutant au style destroy sa touche personnelle : le delirium tremens.
ODB avait un style libre. Il était la radicalité incarnée, l’abus personnifié. Aucun adjectif ne peut vraiment décrire le phénomène. La seule façon de le comprendre passe par les oreilles. Alors à ceux qui le connaissaient comme aux autres je recommande l’écoute approfondie et régulière de son premier album solo « Return To The 36 Chambers« . Il a posé sur cette galette, comme sur les premiers morceaux du Wu Tang Clan, quelques-unes des rimes les plus puissantes jamais enregistrées sur microsillon.
Souhaitons que sa voix caverneuse et éraillée irritera encore nos oreilles pendant longtemps. Il était le roi des creuvards et à l’heure qu’il est il doit déjà être en train de fumer du crack au paradis. Off on a natural charge, bon voyage.
Posted: novembre 16th, 2004
Categories:
musique
Tags:
New York,
rap,
wu tang clan
Comments:
No Comments.

De l’obscurité jaillit James Turrell. Plasticien génial, cet artiste américain utilise la lumière comme un matériau et produit des œuvres dont la troublante intensité interroge de manière fascinante les limites de la perception visuelle.
Il suffit de se rendre au 147 rue du Chevaleret dans le 13ème arrondissement de Paris à la Galerie Almine Rech pour comprendre le phénomène. Jusqu’au 13 décembre y sont exposées deux œuvres qui donnent la mesure du talent de notre homme. Né en 1943, James Turrell n’en est pas à son coup d’essai et il est même considéré comme un artiste emblématique de l’art dit « perceptuel ». Il met en scène la lumière dans son plus simple élément : épurée, minimale et chargé d’une intensité et d’une puissance médiatique incomparable. Il en fascine même les théoriciens fans de Marshall Mac Luhan comme celui qui signait en 1995 un ouvrage au titre évocateur : « <i>James Turrell, la perception est le medium</i> ». Mais revenons un instant sur les œuvres qu’il expose en ce moment.
Pour commencer, « Juke Blue » réalisée en 1968, est une sculpture de lumière bleue. L’espace se creuse pour laisser apparaître un volume abstrait, totalement captivant, qui plonge le spectateur dans un état proche de celui que peut provoquer le célèbre monochrome d’Yves Klein : le vertige. Mais avec la seconde œuvre « Cherry » réalisée en 1998, la sensation de vertige est dépassée. Le monochrome est rouge cette fois-ci et plus on le regarde, moins on le voit. Et pour cause, ce que l’on regarde n’existe pas. Totalement dématérialisée, cette dernière œuvre n’est qu’un trou. Une fenêtre sur la lumière, le cadre de l’infini. C’est d’ailleurs toujours dans cette direction que travaille James Turrell avec la préparation de son prochain projet : l’aménagement des contreforts d’un volcan afin d’y créer des postes d’observations du ciel, ultime déclinaison à la mode Land Art de son projet de dé-limitation.
N’attendez pas pour aller confronter vos sens au sien, pour faire l’expérience de cet art total à la fois futuriste et archaïque comme le sont les pyramides, pour évaluer par vous-même la pertinence de sa démarche, pour entrer par la grande porte dans l’ultime dimension, la Turrell dimension.
Posted: novembre 15th, 2004
Categories:
expo
Tags:
Comments:
No Comments.
« Bon ok il est à 18 euros l’album, mais tu comprends moi je l’ai déjà entièrement en MP3 ton album alors 18 euros c’est cher… » Voilà le problème. Le problème c’est que ceux qui pourraient encore acheter des galettes parce que ça leur plait vraiment n’ont plus les moyens. Les petits labels préfèrent trouver des deals de distribution avec les maisons de disques plutôt que d’assurer leur propre distribution underground. L’underground n’achète plus, il télécharge. Alors les majors ont leur part de responsabilité mais les DJ qui mettent 75 euros dans un graveur de DVD ont aussi la leur. Et puis les DJ ne gagnent plus leur croûte comme avant. Avec l’inflation des prétendants au mix, les bars, les clubs rechignent à payer décemment les DJ. Ce que tu fais pour 300 euros, quelqu’un est prêt à le faire pour 30 voir pour la gloire. Une affiche de DJ ne fait plus bouger les foules. C’est ça aussi le retour du rock. C’est l’idée selon laquelle un sélecteur, un designer sonore n’est pas vraiment un artiste. Si la musique est un art mineur, alors DJ c’est un sacerdoce de mégalomane altruiste. Le DJ de l’an 2000 est à l’artiste ce que le joueur d’échec est au sportif de haut niveau. Voilà, il ne vous reste plus qu’à brancher la radio pour votre prochaine teufé.
Posted: novembre 8th, 2004
Categories:
idées
Tags:
Comments:
No Comments.