
Trois ans après son premier album solo, Kery James ancien leader du groupe Ideal J, persiste et signe. Avec la sortie de son projet-album-concept-caritatif « Savoir et vivre ensemble », il affirme un peu plus son style résolument original.
Du rap hardcore engrainant aux discours de premiers communiants il y a un monde que Kery franchi allègrement. Personne n’a oublié le détonnant « Original MC sur une mission » paru en 1996 mais qui pouvait penser à l’époque qu’il fallait prendre le mot mission au premier degré : celui qui caractérise les missionnaires. Converti à l’Islam depuis la violente disparition de son compagnon de route L.A.S Montana, Kery prêche désormais au sens propre quand il rape. Les instrus de son nouvel album, dénuées d’instruments à corde et à vent en accords avec les percepts de l’Islam qu’il prône désormais, sont néanmoins efficaces et font la part belle aux synthé et aux instruments traditionnels africains.
Kery continue à développer un son original dans la lignée de l’album précédent. Au niveau des textes, la violence a fait place au calme, la haine à la sagesse et le rap se combine aux chants traditionnels. On appréciera l’hommage rendu à Grand Master Flash avec la reprise de « The Message » – version positive du single « Une vie de malheur » – sur laquelle pose une pléiade de featuring impressionnante. Malgré ce titre, « Savoir et vivre ensemble » est tout sauf un album dancefloor. C’est plutôt une invitation au voyage sans se déplacer, juste en essayant de connaître un peu mieux la diversité des origines de ceux qui font la France d’aujourd’hui.
L’occasion était trop belle d’évoquer l’actualité de Kery James qui reste un des rappeurs les plus charismatiques et les plus talentueux de l’histoire du rap français. Son rap est plus sérieux, moins déconnant et moins funky qu’à ses débuts mais il reste de toute beauté : l’âge de la maturité sans doute.