Quand les nains vont sur la colline pour ramasser des cailloux et des sampleurs ; Quand dans la foule on voit surnager quelques bonnets pointus de lutins des bois assoiffés, ébouriffés, remontés et prêt à tout ou presque pour secouer leurs carcasses et remuer leurs fesses ; Quand on les entend beugler au loin et aboyer même si la caravane ne passe pas ; C’est qu’on approche de la technocalypse, de la nouvelle ère de l’ultra low tech des cavernes, qu’on retrouve ce bon vieux néant digital typique de la fin du 20ème et du début du 21ème siècle, fils de Neandertal, et certainement père du futur homo electrus-sapiens, ultime stade de l’évolution humaine, régression absolue où le savoir le cède à la conscience du savoir. Cet homme du futur ne sera pas comme son ancêtre l’homo sapiens-sapiens qui sait quelque chose et qui a la conscience de son savoir, il sera celui qui a la conscience de savoir quelque chose qu’il ne sait pas. L’extension de nos facultés mémorielles et de leur disponibilité par le biais des réseaux et des machines, l’extension de notre capacité à communiquer ainsi que la surcharge cognitive qui en découle, force l’homme du futur à opérer une adaptation mentale sans précédent. 2001 l’Odyssée de l’Espace c’est tous les jours et plus on va vite plus on a l’impression de tourner en rond !
News for décembre 2003
L’AIR TEMPS DU
CYPRIEN CHABERT

Lézard graphique, Cyprien Chabert est dans une galerie comme dans son potager et c’est sur le ton du botaniste et avec la ferveur du jardinier qu’il parle de ses tableaux. Artiste peintre et graveur, il utilise sa technique pour créer des images intemporelles qui semblent tout droit sorties d’atlas moyenâgeux ou de grimoires enchantés.
Ce goût pour les vieilles recettes, Cyprien le doit sans doute à sa formation. Issu de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, il n’allait tout de même pas bouder son plaisir et sa curiosité alors que d’immenses ateliers richement équipés s’offraient à lui. Il aurait pu faire le puriste, l’aventurier et renoncer à l’aspect scolaire de l’apprentissage minutieux des techniques. Mais, pour notre plus grand bonheur, il a fait le bon choix et s’est livré au studieux exercice façon compagnon du devoir. Résultat : de disciple il est en passe de devenir maître. Son savoir-faire, il l’utilise pour pratiquer ce qu’on pourrait appeler du vintage pictural : ses gravures sont comme des jeans délavés, des fringues d’occasion, comme de vieilles enluminures qu’ont aurait décidé de ressusciter et de remettre au goût du jour.
S’il fallait trouver un fil rouge au travail de Cyprien, ce serait un fil vert : les plantes. En effet, le règne végétal est au centre de ses productions. Les végétaux incarnent la manifestation la plus rudimentaire de la vie, sa forme la plus dépouillée, la plus ancienne et à bien des égards la plus fascinante. Source intarissable d’inspiration chez les artistes de tous poils, les plantes font ici l’objet d’un traitement bien particulier. Car Cyprien se sert, pour les représenter, de techniques de gravure ou de dessin extrêmement sophistiquées. Il n’hésite pas à immerger la végétation dans un contexte fantasmagorique voir futuriste où elle s’intègre avec une évidence qui laisse baba.
Imagination et technicité sont les deux mamelles du talent de Cyprien Chabert à qui est promis un bel avenir dans le monde de l’art. Preuve en est son prochain projet : la décoration d’un restaurant à Miami. Et oui, cerise sur le gâteau, il aime peindre sur les murs et ça, c’est trofor.
SEAK : UN STYLE DE MALADE

Seak est un grapheur allemand. Moins connu que Daim, ils appartiennent pourtant tous deux à la même école : la 3D teutonne. Obsessionnels et perfectionnistes, ils détiennent les qualités bien germaniques qui font de leur œuvres pariétales de vraies pièces de Musée.
L’actualité du graffiti c’est surtout, en cette fin d’année 2003, sa non-actualité. On a, vu il y a deux ans environ, un engouement médiatique effréné pour le graffiti. Les couvertures de la presse généraliste rivalisaient presque avec les magazines spécialisés et les noms de Zeus, Andre et O’Clock s’exhibaient dans les galeries des quatre coins de l’hexagone, incarnant une génération de nouveaux artistes venue de la rue. Que reste-t-il aujourd’hui de cette tendance ? Rien ou presque. Passé du métro à la galerie est une opération périlleuse mais pas impossible. Après Futura 2000 et BBC, c’est au tour de SEAK et de ses acolytes de rentrer de plein pied dans le monde de l’art qui dure.
<i>Constructions Urbaines</i>, c’est le titre de l’exposition visible à la Taxie Gallery dans le 17éme arrondissement de Paris jusqu’au 11 décembre. Y sont exposées les œuvres de Daim, Stohead, Daddy Cool, Tasek, Seak, Mate, Darco et Neon. Chacun de ces grapheurs a fait ses preuves dans le monde réel et le travail qu’ils exposent n’est pas un résumé de leur parcours mais plutôt un sésame vers la reconversion. Dans les peintures de Seak notamment on retrouve la maturité délirante d’un Jon One, la liberté sauvage d’un Futura 2000 et, osons la comparaison, la chair éclaté d’un Francis Bacon. Seak n’est pas le seul à avoir fait évolué sa peinture. Tous l’ont suivi.
Parce que le graffiti ne connaît par définition ni limite, ni cadre, ni thème, ni aucune autre entrave, c’est naturellement qu’il est destiné à remplir les Musées de demain. Le seul reproche que l’on puisse faire à cette exposition c’est le choix de son titre qui est vraiment bateau. Il aurait été plus judicieux et plus pertinent pour signifier le virage pris par les artistes de l’appeler : « Back By Popular Demand ».