
Quinze jours après, retour sur le passage discret mais néanmoins remarquable de l’impressionnant Kid Koala à Paris. Ce DJ inclassable de 27 ans en provenance de Montréal, s’est produit à Mains d’œuvres et a joué un set que l’on pourrait qualifier de DJaying d’auteur à la face d’un public parisien médusé pour ne pas dire mystifié.
Si Grand Wizard Theodor, Grand Master DST et Grand Master Flash avaient été les Frères Lumières donnant naissance à un art nouveau, Q-Bert aurait été Fritz Lang tant il reste le mentor de tous les turntablists, et Kid Koala serait un alliage entre Buster Keaton, Charlie Chaplin, Orson Wells et Akira Kurosawa : un prodige génial, visionnaire et révolutionnaire, déjà un classique de son vivant qui a réussi à introduire un nouveau langage, teinté d’humour, de poésie, d’esthétisme, de sensibilité et d’une imagination débordante dans un univers qui n’en est encore qu’à ses balbutiements. En 1998, Kid Koala se faisait déjà remarquer par le duo britannique Cold Cut qui le firent signer chez Ninja Tune. Aujourd’hui encore il officie au sein de ce label. Lors de sa venue à Paris, il a démontré sa parfaite maîtrise des platines et la suprématie de son potentiel créatif dans un exercice de composition vinylistique dont il possède seul le secret.
Son premier album Carpal Tunnel Syndrome était déjà accompagné d’un livret illustré mais cette fois-ci c’est la bande dessinée de 340 pages intitulée Nufonia Must Fall qui sera accompagné d’une B.O. et qui devrait sortir d’ici quelques mois. La diversité de ses moyens d’expression n’est que le reflet de son immense éclectisme. C’est ainsi qu’il a, lors de sa performance, opéré un passe-passe sur le morceau Close To Me de The Cure, interprété le morceau du robot qui voulait écrire des chansons d’amour, joué des breaks de Kylie Minogue, de Cypress Hill et plein d’autres sons encore, tous plus inattendus et plus efficaces les uns que les autres. Rien ne vaut les mots de l’intéressé lui-même pour définir sa philosophie et son approche de la musique : essayer de faire quelque chose de « fresh », insuffler un peu de sa personnalité dans son travail, modestement mais sûrement.
Plein d’humilité, Eric San de son vrai nom n’en fini pas de surprendre ceux qui l’observent. Ses productions sont marquées au sceaux de la liberté et de l’humour. La comparaison avec Keaton et Chaplin est vraiment la meilleure explication possible pour prendre la mesure du phénomène, il réalise des espèces de sketchs musicaux chargés d’une émotion oscillant en permanence entre comédie et tragédie. Voilà un auteur un vrai, un metteur en scène des platines.
Posted: mai 27th, 2003
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dj
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Bravo, le REX club a fini de célébrer ses 15 ans de musique électronique. La programmation de son concept anniversaire Are You Rex-perienced s’est achevée samedi dernier dans une soirée emmenée par Laurent Garnier et couronnée d’un franc succès, en tout cas vue de l’extérieur à 4h du matin. A qui le tour maintenant ? Va-t-on rentrer dans l’ère nouvelle de la nostalgie électronique ? Comme les ex soixante-huitards qui voyaient l’époque hippie avec un pincement de cœur, qui assimilaient Woodstock à leur jeunesse même s’ils n’y avaient pas été, et qui expliquaient, tout au long des années 80 qu’avant c’était mieux ; les futurs vieux d’aujourd’hui nous raconteront bientôt leurs raves et leur technivals des années 90 avec des tremblements dans la voix qui vont si bien aux anciens combattants. Une teuf toute pourrie dans une forêt domaniale quelconque à quelques kilomètres de la capitale deviendra bientôt dans le souvenir de ses participants et grâce aux vertus d’autosuggestion de la mémoire, un pèlerinage initiatique, une expérience fondatrice, un passé fantasmatique, en un mot : on passe de la fausse rave individualiste au vrai rêve collectif. Alors tous ensemble, rêvons éveillés que nous avons tous été des punks des temps modernes, que nos trips étaient les meilleurs et qu’on a pas fermé nos gueules en bouffant du Walt Disney parce que nous aussi on a été des rebelles… Rêvons que non, on a pas eu une jeunesse dans un monde en crise, on a pas craché sur la techno comme sur le heavy metal en 1990 en disant que c’était vraiment de la merde ! Un de ces quatre il faudrait penser à aller poser une gerbe sur la tombe du traveller inconnu.
Posted: mai 26th, 2003
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Hommage est rendu aux artistes disparus. Sous l’intitulé de « LIVE ! », deux jeunes créateurs parisiens nous livrent le fruit de leur travail portant sur l’intarissable source d’inspiration, objet de tous les fantasmes, que sont les pochettes de disques 33 tours.
Elles sont un peu nos madeleines de Proust, les voir évoque en nous les réminiscences d’une époque, réveille notre cœur de rockeur et presse un bouton de notre inconscient collectif. Ces pochettes portent le visage de ceux qui ne sont plus mais dont le son continue à nous faire frémir. Deux des Beatles, Joe Strummer le chanteur des Clash, Serge Gainsbourg, Marvin Gay et Minnie Riperton entre autres, nous ont quitté et pourtant ils sont toujours là. L’idée de Jean-Marie Delbes et Hatim El Hihi était sans doute de rétablir la réalité. Quelque fût leur motivation initiale, le résultat est le suivant : les disparus ont disparu.
C’est donc avec surprise qu’on redécouvre les pochettes de disque mythiques soigneusement modifiées et chirurgicalement retouchées par les soins de nos deux artistes, de sorte que les morts se sont évaporés et que le vide qu’ils laissent derrière eux nous saisit. Irremplaçables, les artistes morts font place au néant, à la rue qu’ils traversent, au mur sur lequel ils s’appuient, au fauteuil sur lequel ils siègent, au désert dans lequel ils posent. Sur les photos de groupe, un trou apparaît, Kurt Kobain et Jim Morrison effacés, les autres membres semblent perdus, comme un équipage de navire privé de son capitaine.
Un effet bœuf donc pour une œuvre atypique et rare dont la couverture médiatique ne permettra sans doute pas au plus grand nombre d’en profiter. Mais pour les chanceux que vous êtes, sachez qu’il est encore temps, pendant quelques semaines d’aller voir l’exposition et pourquoi pas d’acquérir un tirage numéroté…
LIVE ! Mai-Juin 2003, à Black Block au Palais de Tokyo, Paris
Posted: mai 19th, 2003
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Il y a huit ans, on annonçait dans l’indifférence générale la mort de Eazy-E, le premier géant du hip hop qui quittait la scène prématurément, emporté en quelques semaines par le virus du sida après avoir donner naissance à un genre musical qui, aujourd’hui encore, s’appelle le gangsta rap.
« I’m a hundred percent legend » déclarait-il lui-même dans le premier morceau de son premier et excellent album solo, intitulé « Eazy-Duz-It », sans savoir le sort que le destin lui réservait. Au début des années 80, Eric Wright de son vrai nom, n’est qu’un petit dealer d’une banlieue alors anonyme de Los Angeles : Compton. Grâce à son business il met suffisamment d’argent de côté pour monter son propre label de rap Ruthless. Outre le fait d’avoir créé le groupe NWA et contribué ainsi au lancement d’artistes comme Dr Dre et Ice Cube, Eazy incarne la facette la plus radicale de son propre label et produit un rap volontairement à contre pied de l’engagement politique des Public Enemy qui sont alors le groupe phare du hip hop dans ce qu’il a de plus contestataire.
Aux prises de conscience politique et aux réflexions sociales de Chuck-D, Eazy et son posse répondent par des morceaux comme Gangsta Gangsta ou Fuck Tha Police. Ils déclarent sans scrupule « Fuck Respect », insultent tout ce qui bouge et finissent même par être contactés par le FBI, ambiance ministère. Eazy-E est le Johnny Rotten du hip hop. Le gangsta rap tout comme le punk marque un point de non-retour, le terme d’une idéologie collective, le début du déclin, la fin de l’âge d’or d’un mouvement. Tout comme le rock’n’roll n’a pu survivre au mouvement punk, le rap ne s’est jamais vraiment relevé du souffle gangsta venu de l’Ouest et décliné sous toutes ses formes jusqu’à nos jours. Avec les deux albums de NWA « Straight Outta Compton » et « Efil4zaggin » en 89 et 91, Eazy-E a fait ce qu’il fallait pour devenir la légende qu’il se prétendait déjà être de son vivant.
La voix de crécelle de Eazy Motherfuckin’ E, sa façon unique de harceler le micro en crachant son piquant venin, son extrême agressivité manifestement si naturelle, son irrespect absolu et son parcours personnel ont fait de lui si ce n’est le dernier punk du 20ème siècle, en tout cas l’icône parfaite de la violence verbale et un exemple pour les générations futures.
Posted: mai 14th, 2003
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Le temps est enfin venu de chroniquer un peu les albums de l’année dernière. En matière de hip hop, 2002 a vu planer l’ombre des Neptunes sur les plus gros morceaux de l’année et rarement une production ne se sera imposée avec une telle foudroyance et une telle hégémonie.
The Neptunes c’est un duo de producteurs : Pharell Williams et Chad Hugo. Originaires de Virginie, ils avaient déjà avant 2002 signé pas mal de morceaux dont notamment pour la chanteuse Kelis et le rappeur Ol’Dirty Bastard. Fin 2001 ils s’étaient révélé à un public plus large avec la sortie de leur premier album N*E*R*D qui est venu secouer toutes les têtes en réalisant une fusion ultra efficace entre sonorités hip hop et rock. Un son neuf qui a séduit la planète toute entière et contribué à l’explosion du groupe en 2002 avec la sortie de Grindin’ morceau instantanément reconnu comme un classique du genre et Lapdance qui tournera en boucle à la télé. La même année, à côté de ce succès, The Neptunes laissent leur trace sur une quantité inouïe de disques et non des moindres : Jay-Z, Mystical, Janet, Common, Busta Rhymes et Mary J Blige pour ne citer que les plus connus.
Dans le magma des productions estampillées Neptunes donc, un disque sort du lot et mérite de retenir votre attention tout particulièrement. Il s’agit de Lord Willin’ du groupe Clipse composé de Pusha T et Malice et produit par qui vous savez. Sur le label des Neptunes, Star Trak, Clipse nous livre quelques perles inestimables dans cet album dont le désormais légendaire Grindin’ mais aussi des bombes moins médiatisées mais tout aussi dévastatrices comme When The Last Time, Cot Damn, Ma I Don’t Love Her et Ego. C’est le genre de LP qui fait date et qui reste dans l’histoire du son comme un sérieux virage. Passer à côté serait prêter le flanc à une grave lacune.
Après Outkast qui avait un temps fait découvrir Atlanta comme un autre centre possible du rap d’outre Atlantique, les Neptunes font de Virginia Beach un nouveau haut lieu de la conception sonore américaine. Au fait et à toutes fins utiles la Virginie ça se trouve sur la côte Est, en dessous de Washington DC.
Posted: mai 8th, 2003
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hip hop
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Il est temps de lever le voile sur les musiques électroniques les plus undergrounds, celles qui se cachent derrières des maxis sans étiquettes, les black label et autres vinyles pirates. Animée par un noyau dur d’activistes la techno prospère et, ce faisant, se dessinent peu à peu les références de demain.
Parmi les grandes écuries qui resteront dans l’histoire du son, c’est le label allemand KLANG elektronik qui retient aujourd’hui notre attention. Basé à Frankfort, ce label qui existe depuis 1993, et qui fête donc cette année ses dix ans, a été fondé par : Fluegel, DJ Ata et DJ Heiko Mso. Ils sont à l’origine de cette maison de disque indépendante qui possède aujourd’hui presque 80 disques à son catalogue parmi lesquels des grands classiques de tech. C’est, au dire des spécialistes, une maison incontournable qui bien qu’ayant déjà fait ses preuves reste une valeur sûre. Souvent classée dans les rayons minimale house, sa spécialité serait plutôt la techno rudimentaire.
Parmi les grandes signatures du label, on peu noter les groupes allemands Alter Ego, Farben ou Luciano qui constituent les références de base avec aussi quelques américains comme Dan Bell ou Antony Shakir. A l’heure actuelle aucun français n’a produit quoi que ce soit sur Klang. Les petits derniers de la maison, remarqués par DJ Boozig notamment, s’appellent Bergheim 34 et après avoir sorti 3 maxis, ils s’apprêtent à sortir leur premier album très bientôt. Ce qui caractérise KLANG c’est un son très dépouillé et efficace, une certaine brutalité très teutonne et malgré tout une finesse, un raffinement, une espèce de classe qui tranche nettement avec les sons « dancefloor » et qui semble réussir l’alliage entre énergie et légèreté.
Difficile de faire une démonstration de puissance sans vous passer le cerveau à la moulinette de beats fracassants de KLANG et sans vous immerger dans l’ambiance futiristique que dégage ce son post-industriel à fleur de turbine. Bref pour conclure, soyez assuré que tout disque portant cette griffe mérite que vous y jetiez une oreille.
Posted: mai 6th, 2003
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indépendant,
techno
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Internet c’est relou, il ne s’y passe rien. Même le chat de Trofor.com est désert c’est dead, y’a rien à faire. Que nénies ! Grâce à une grande moisson de liens envoyés par un bienfaiteur électronique vous n’aurez bientôt plus que l’embarras du choix pour cliquer et vous ne saurez plus où donner de la souris. Les gros sites se regardent le nombril et tentent par tous les moyens de nous vendre leur soupe tandis que la free génération des sites indépendants et autoproclamés centre du web fleurit tranquillement, inondant les esprits d’information inutile et divertissante dans l’indifférence générale et l’intérêt collectif. Alors lâchez l’autoroute deux minutes pour goûter au charme discret des départementales de l’information. Explorez les contrées fantastiques de la glande au bureau et des magazines lowtech en commençant par exemple par l’excellent OVER 23. D’ailleurs Internet reprend du poil de la bête en ce mois de mai 2003, boosté paraît-il par la pneumopathie atypique qui a fait grimper en flèche le commerce en ligne à Hong-Kong et à Singapour. Un virus qui vient sauver Internet si c’est pas trofor ça ! Même Matrix rechargé n’aura pas prévu un scénario aussi glauque, enfin faudra quand même aller le voir pour en avoir le cœur net.
Posted: mai 2nd, 2003
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Des artistes de cette trempe, on n’en croise pas tous les jours et lorsqu’on a la chance de pouvoir les suivre pendant plusieurs années on réalise l’infini pouvoir de la fécondité créatrice, de la sensibilité délirante, de la transformation du réel au profit d’une conception hilarante du monde.
Quelques généralités vides de sens étaient un propos liminaire et indispensable à la présentation d’Amanda Riffo, artiste poète qui, partant de son environnement, nous emmène avec elle dans un monde parallèle peuplé de rêves d’enfants et de pochettes surprises, d’humour vache et de pertinence acidulée. Il serait difficile de résumer son travail tant il est protéiforme et imprévisible mais tentons néanmoins d’en donner quelques ingrédients de base : beaucoup d’humour vous l’avez compris, une dose d’innocence pour renforcer l’effet de surprise et pour couronner le tout un grain de folie douce qui élargie au forceps le spectre de notre perception.
L’actualité d’Amanda Riffo c’est les différents travaux qu’elle expose en ce moment même au Couvent des Cordeliers dans le cadre de la fin de son cursus à l’école des Beaux Arts. Adepte de la diversité médiatique elle utilise moult supports pour notre plus grande satisfaction. Une installation vidéo présente une série de mimes très conceptuels qui vous arrachera à coup sûr de bons éclats de rire. Dans un autre coin des barbelés fluorescents en scoubidous tiennent lieu de guirlandes inoffensives, un tableau noir devient une cible où se fichent des craies multicolores et du matériel de perfusion médicale est détourné à des fins scripturales. L’univers de l’école est ainsi entièrement reconstruit de manière poétique et la cerise sur le gâteau ce sont les petits cahiers d’écriture qui semblent avoir empruntés des chemins de traverse…
Indescriptible travail et c’est heureux car s’il advenait qu’on puisse décrire plus précisément toutes ces choses elles auraient à coup sur perdu de leur singularité stupéfiante et de leur pouvoir subversif. Amanda Riffo retenez ce nom et ne ratez pas une occasion de vous tenir au courrant de ses recherches en permanente évolution.
Posted: mai 1st, 2003
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