News for avril 2003

BOZART CUVEE 2002

Contrairement à la haute couture qui date ses collections de l’année à venir, l’école des Beaux Arts à Paris ne présente le travail de ses diplômés qu’un an après qu’ils aient été reçus. Il s’agit ici des œuvres des étudiants ayant obtenu les félicitations du jury en 2002, pour ainsi dire la crème de la crème.
Cette exposition, comme toutes les manifestations estudiantines, présente l’intérêt de permettre au spectateur de se préfigurer ce à quoi ressemblera l’art de demain. C’est une espèce de baromètre de l’art contemporain avec toutes les réserves qu’impose l’humilité et le caractère institutionnel de la chose. D’une manière générale on ne peut pas être déçu de faire le déplacement tant la moisson est fraîche, riche et prometteuse. On a envie de citer le maximum de noms, comme pour donner un petit coup de pouce à ces véritables start-up unipersonnelles de l’art. Il se dégage comme un équilibre entre le délire de l’artiste, le concept comptant pour un et la production de quelque chose de beau, d’appréciable, de sensible et d’accessible.
Parmi les travaux les plus remarquables, outre ceux d’Amanda Riffo qui feront l’objet d’un article entier, on retiendra en particuliers ceux qui permettent au quidam d’accrocher tout en l’emmenant ailleurs. C’est le cas du travail de Rada Boukova qui, par le biais d’une vidéo, fait du spectateur le passager d’un minibus perdu non loin de pétaouchnok. De Sivan L.Rubinstein qui réconcilie le support et l’œuvre qu’elle porte, par un travail de gravure et de peinture qui donne naissance à d’improbables disques vinyle et cassettes audio en bois. D’Akiko Obayashi auteur de photographies simplement belles, de Mathieu Rouget au trait précis et pertinent et enfin de So Yoon Yoon dont l’installation musicale n’a pas fini de faire vibrer les oreilles.
Cette petite liste n’est évidemment ni exhaustive ni très approfondie mais elle a pour but de vous inciter à aller voir par vous-même de quoi il retourne. Car oui, l’exposition dure encore jusqu’au 18 juin et oui il serait dommage de passer à côté sans s’y abandonner quelques instants.

Couvent des Cordeliers, 15 rue de l’Ecole de Médecine, Paris 6ème. Tous les jours de 13h à 19h.

Posted: avril 29th, 2003
Categories: expo
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DEMENAGEURS BRETONS

Comment ne pas dire un mot de l’exceptionnelle vente qui s’est déroulée les jours derniers à Drouot ? L’extraordinaire collection de bibelots-œuvres d’art appartenant jadis à André Breton a été donnée en pâture aux lions, livrée à l’impitoyable bien que très pitoyable loi du marché. Les merdouilles accumulées pendant toute une vie sont désormais dispatchées aux quatre coins de la planète bien que les Musées nationaux aient grâce à leur droit de préemption récupéré les pièces les plus marquantes. Ce n’est rien me direz vous comparé au pillage des Musées irakiens ou à la destruction par les Talibans des Bouddhas géants d’Afghanistan mais les circonstances n’étant pas les mêmes partout, certains simples d’esprits ont eu la naïveté de croire à l’exception culturelle… Enfin heureusement pour nous consoler il existe l’exception météorologique qui veut que le sud de l’Europe se les pèle tandis qu’au nord et en tout cas à Paris minijupes et shorts soient de sortie, le thermomètre explose et on en redemande. Il va falloir revoir les dictons à la con et je propose pour plus d’énergie créatrice : En avril pense à changer tes piles.

Posted: avril 18th, 2003
Categories: idées
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WAXPOETICS LOVERS

A l’occasion de la parution du quatrième numéro du magazine Waxpoetics, Trofor.com est heureux de vous faire découvrir un fleuron de la culture des chasseurs de beats, un journal qui se définit comme étant un cours d’histoire de l’art prodigué dans une prestigieuse université.
Ce magazine trimestriel made in Brooklyn est dédié aux disques vinyles et en particuliers à ceux qui cherchent à trouver sur ce support la matière première de leur délires musicaux. On les appelle les digueurs, en fait il s’agit là d’un anglicisme qui vient du verbe to dig qui signifie littéralement creuser et qui correspond en matière de disque à notre mot chiner. Les digeurs donc, les chasseurs de beats qu’ils soient DJ, producteurs ou simples passionnés constituent le public auquel est destiné ce mag d’exception. Mais, et c’est là toute la particularité du concept, ils en sont également les auteurs. En effet chaque article porte la signature d’un spécialiste, d’un pointu qui à su creuser profondément son sujet avant de nous en livrer la substance, macaron à l’appui.
Un savoir d’érudit dans un écrin trop stylé, voilà ce que propose les mini-sommes d’environ 100 pages en couleur et sur du beau papier dont la maquette surclasse tout ce que la presse à pu faire jusqu’à présent. C’est comme si la beauté de l’objet 33 tours avait par contagion envahie chaque page y laissant son grain, sa chaleur et son authenticité. A la casse les CD et autres sites Internet, l’avenir appartient résolument au papier et au vinyle, à la matière et aux odeurs, au palpable et au respirable. Dans un univers de flux tendus et d’amnésie collective où une nouveauté chasse l’autre pour être plus rapidement oubliée, Waxpoetics participe à la grande mission des DJ qui prennent leur tache au sérieux : reconstitué par morceaux choisis la mémoire de notre époque.
Ils ne restent plus aux amateurs de poussière qu’à réviser leurs leçons d’anglais pour plonger dans les articles et les interviews que renferme ce petit guide du fétichiste sonore, cette anthologie du disque à consommer sans modération.

Posted: avril 17th, 2003
Categories: musique
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ENCORE TAGORE

Né en 1861, le plus illustre des hommes de lettres indiens Rabindranath Tagore revient en force sur le devant de la scène culturelle mondiale. Au de là de la tendance générale d’un engouement pour l’Inde qui se dégage de tous les secteurs de la production culturelle, musique, mode, cinéma, etcetera, l’œuvre séculaire du poète ressurgit pour tout fumer.
Rabindranath est issu de la bourgeoisie bengali du 19ème siècle et bien qu’appartenant à une famille d’artistes, son père l’avait destiné à une carrière d’avocat. C’est la raison pour laquelle, outre la présence de l’empire colonial anglais, il a toujours été en contact avec les nations de notre pôle culturel et il a beaucoup voyagé : Grande-Bretagne, Etats-Unis, Japon. C’est aussi pour cette raison qu’il a toujours eu à l’esprit un dessein, une sorte de vocation pour servir son pays et sa culture. Fervent défenseur de la langue bengali, il a mené sa carrière de poète parallèlement à un tas d’autres activités, tantôt artistiques comme la musique et la peinture, tantôt politiques avec la création d’une Université et de nombreuses prises de positions à l’encontre de la puissance coloniale ou d’un nationalisme qu’il condamnait. Il est un pionnier du mondialisme politique et dans le même temps un artiste universel.
Ce qui frappe chez Tagore c’est l’aura qu’il dégage. Ami personnel de Gandhi, il lui ressemble à plus d’un égard. Véritable missionnaire culturel il a consacré sa vie à son travail et au regard des différentes biographies qui lui sont consacrées, on pourrait finir par le prendre pour un saint. Mais ce qui justifie son come back aujourd’hui ce n’est ni son prix Nobel ni ses qualités politiques ou sa conception de la justice sociale, c’est son immense talent de poète. Il écrivait ses poèmes en Bengali et en assurait lui-même la traduction en anglais. La déperdition est inévitable de traductions en traductions mais on peut faire confiance au travail d’André Gide pour la version française de Gitanjali (L’Offrande Lyrique). C’est sans doute la plus accessible de ses œuvres et sa lecture fait l’effet d’une cure, d’un massage mental aux huiles essentielles, d’une ballade bucolique et transcendantale, quelque chose qui ressemble à ce qu’a pu être la genèse du flower power.
Il y a un flux naturel mystique dans l’air à la lecture de ces vers admirables qui livrent à travers les mots un petit peu de la sagesse de leur auteur et beaucoup du cadre dans lequel ils furent composés : Shantiniketan. Village créé par les parents de Rabindranath et dont le nom signifie littéralement « havre de paix ».

Posted: avril 13th, 2003
Categories: idées
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RESPIRO BIEN A FOND

Il n’est jamais trop tard pour parler d’un bon film. Or voilà bientôt quatre mois que le film d’Emanuele Crialese qui s’intitule <i>Respiro</i> est sorti dans les salles. Hâtez vous donc de trouver un cinéma qui le projette encore tant il serait dommage de ne pas le voir sur grand écran.
L’action se situe sur une petite île italienne, Lampedusa, qui fait penser à la mythique Céphalonie d’Albert Cohen et naturellement à la Sicile toute proche des frères Taviani. C’est dans ce décor sublime que se déroule le mélodrame à l’origine duquel se trouve Grazia, qui porte si bien son nom. Cette femme atypique pour ne pas dire borderline pose problème dans une petite communauté de pêcheurs vivant en vase clos. L’amour que lui portent son fils aîné et son mari n’arrange rien lorsqu’il ne complique pas tout. Le village tout entier est ébranlé par le tempérament imprévisible de la grâce incarnée.
Derrière une histoire somme toute banale d’amour et de séparation transpire la chaleur étouffante de la vie au village, des solidarités qui sont autant d’ingérences dans la vie d’une famille. Le tout est enveloppé d’une espèce d’énergie esthétique quasiment sauvage que déploient tant les décors que les personnages. L’apogée du spectacle intervient au moment de l’entrée en scène de la Madonna qui illumine cette tranche de vie méditerranéenne par sa beauté virginale et sa bienveillance réparatrice.
Ce film est une merveille, les images dont il est fait ont une vertu apaisante tant elles sont belles et lumineuses. Sans parler de la justesse des comédiens qui entraîne le spectateur vers un sentiment proche de la flottaison, entre ciel et mer, à la zone d’affleurement.

Posted: avril 10th, 2003
Categories: cinéma
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ANTICLOCKWISE

Ça tourne à Montpellier. Parmi le riche éventail de radios indépendantes de la ville, l’une d’entre elles a depuis longtemps la faveur des trofornautes, il s’agit de Radio Clapas dont la sélection est orientée Jazz depuis 1978. L’émission Anticlockwise en est le nouveau fleuron.
Des générations de bénévoles amateurs de bon son se succèdent et se remplacent derrière la console multipiste du studio numéro un. Ainsi aux émissions passées et à leurs animateurs vedettes telles que Good Times présenté par DJ Marie ou One Wax par Sundae et Ewae se substituent de nouveaux programmes et de nouvelles têtes. Que les aficionados se rassurent, Jo est toujours là pour diffuser ses lives pirates et le phénoménal Thierry n’en fini pas de faire de la dentelle avec l’habillage de l’antenne.
Mais trêve de mise en situation, depuis octobre 2002, l’émission Anticlockwise a repris le flambeau et poursuit le chemin musical emprunté par les anciens du temps jadis. Aux commandes on retrouve un jeune vétéran, DJ Ewae, mais il est épaulé dans sa tache par deux nouvelles recrues. Sandra, qui après moult featuring sur radio Divergence dans l’émission de Mister Wool, persévère dans la radiophonie avec une double casquette cette fois : celle de maîtresse de cérémonie et celle de selecteuse. Enfin, le troisième larron de l’affaire c’est Mathieu qui lui aussi apporte sa pierre vinylistique à l’édifice sonore.
Techniquement, Anticlockwise est une bimensuelle programmée le lundi (un sur deux donc) de 18h30 à 19h30 et rediffusée le samedi à minuit. Alors calez bien votre autoradio sur le 93.5 FM et laissez tomber l’effet surround, clapas doit être la dernière radio de l’hexagone à émettre en mono !

Posted: avril 8th, 2003
Categories: musique
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TRANE NUMBER ONE

Vous avez tous déjà vu ses œuvres pourtant, incultes que vous êtes, vous ne savez pas qui est Trane. Il est le grapheur numéro un du 21ème siècle en France et depuis l’an 2000 aucun prétendant à la couronne ne peut imaginer détrôner le King of the Kingz.
Au début, beaucoup de monde dans le petit milieu du graffiti disait de Trane qu’il n’avait aucun style, que c’était un véritable bourrin et qu’il contribuait par son vandalisme à ternir l’image du noble art. La légende dit que son père aurait été employé à la SNCF ce qui n’est pas étranger au goût prononcé de Trane pour les trains ainsi peut-être qu’à l’origine de son nom. Depuis, aucun dépôt de France ou de Navarre ne lui a échappé. A l’heure où vous lisez ces lignes, ses blazes circulent quelque part sur des wagons, des rames et des camions. Il a tout bonnement cartonné l’hexagone comme personne. Jamais au grand jamais on n’avait vu une telle présence sur les murs d’aucun artiste, c’en est à se demander s’il n’atteint pas parfois une quasi omniprésence.
Pour prendre la mesure du phénomène, il suffit d’ouvrir les yeux. Appartenant aux groupes de vandales UV, TPK et WIB, il est le taggueur le plus présent du métro parisien à celui de Marseille, de la ville d’Aix en Provence à celle de Montpellier, sans parler du reste de la France… Et cela fait de Trane un artiste unique en son genre bien que ses qualités en tant que grapheur ne soient pas graphiques – il varie très peu ses pièces – ni esthétiques – ce n’est jamais léché ou très détaillé – ni calligraphiques – block letters, throw up, chromes – ni même urbanistiques ou architecturales – originalité et pertinence du cadre choisi pour poser, prise en compte de l’environnement. Il ne cultive qu’une qualité, présente à la genèse du graffiti : la puissance.
S’il devait s’arrêter demain, son nom resterait à jamais dans les annales tant sa performance est inédite. Même si les traces matérielles devaient disparaître, leur impact appartient déjà au panthéon de l’Art urbain pour des siècles et des siècles, big up.

Posted: avril 6th, 2003
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KEEP CREATING

Adieu Babylone, passé le choc et l’effroi, place à la lassitude et à la guerre d’usure médiatique. Les conflits qui durent ne font pas d’audimat et on se démobilise aussi vite que l’on s’est mobilisé mais à en juger par les conséquences que cela peut avoir, ne me demandez pas si c’est mieux ou pire. Bref, zappons de Washington à Montpellier où il se passe des choses d’un intérêt non moins important. Partout où des anonymes forcenés se lancent corps et âmes dans un délire créatif et développent un fondamentalisme sans limites, une barbarie remplace l’autre. Celle du grapheur TRANE par exemple à qui sera bientôt consacré un article, du rappeur MORSE qui aura lui aussi droit à un petit coup de microscope ou encore de l’incontournable SUNDAE qui n’en fini pas de couvrir ses toiles de peintures fraîches de toutes les coulures. « Que voulez-vous que je fisse sinon du hardcore ? » disait le poète il y a dix ans. A propos de poète, préparez-vous à un autre portrait sur Trofor.com, celui de l’homme dont le nom ressemble à une contraction des mots Tags et Gore (bien que son trip n’ait rien à voir), Rabindranath Tagore lui-même dont les vers qui datent des années 1920 n’ont pas pris une ride. Du pain sur la planche donc pour un webzine dont la vocation première reste la promotion et le soutient inconditionnel au plus noble exutoire des pulsions humaines, à la destruction massive des idées reçues et des jugements à l’emporte pièce, au permanent conflit qui oppose le vivant à sa propre fin : l’art.

Posted: avril 5th, 2003
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PLAISIRS INCONNUS

Aucun film ne peut véritablement faire découvrir un pays tout entier mais il en est certains qui font passer par la pellicule une ambiance, une atmosphère évocatrice dont les vertus sont comparables à celles du voyage. Vous l’avez compris, <i>Plaisir Inconnus</i> est un sacré trip.
Réalisée par l’illustre inconnu Jia Zhang Ke, cette étude de mœurs ultra réaliste plonge le spectateur dans l’univers méconnu de la jeunesse chinoise. Loin des clichés de l’Empire du Milieu et de son folklore multi-séculaire, l’action se déroule dans une ville industrielle moyenne, Batong, dont le cadre transpire l’authenticité et faut-il le souligner une certaine forme de misère et d’ennui. Les personnages principaux sont deux jeunes gars empêtrés dans les affres universels de l’existence à savoir les histoires d’amour et d’argent. La caméra du réalisateur ne fait qu’accompagner l’errance de ces deux paumés de 19 ans au grès des difficultés et des plaisirs inconnus que le destin met sur leur route.
Paradoxe asiatique, ce film est d’une richesse absolue tout en ayant un propos narratif pratiquement inexistant. On y apprend par exemple le rôle du silence dans la conversation à la chinoise, on y prend une grande leçon de désinvolture et de nonchalance, de fumage de cigarette et de démarrage de motocyclette entre autre. Mais n’y voyez ni caricature ni second degré, ici la forme absorbe le fond et fini par se substituer à celui-ci. A l’image de la vie des deux anti-héros, certains passages sont vraiment chiants et aucun artifice ne tente de dissimuler ces aspects.
Le spectateur passe donc par moult phases dans son fauteuil, des longueurs et des bons moments qui ont comme point commun ce qui caractérise le film : un réalisme si pur qu’il confine au documentaire. Allez voir <i>Plaisirs Inconnus</i>, ne serait-ce que pour la petite chansonnette qui cartonne mais surtout pour vous ouvrir la tête avec autre chose que de la Chine éternelle, de la Chine 2002 !

Posted: avril 5th, 2003
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