
Thievery Corporation une fois de plus à l’affiche avec la sortie d’un troisième album dans l’esprit chamanico-lounge des précédents. Gros plan donc sur le groupe washingtonien et tentative de réponse à ces trois questions fondamentales : qui sont-ils, quoi font-ils et est-il indispensable d’écouter leur musique ?
Disons pour la faire courte qu’il s’agit de deux gars de Washington (Eric Hilton et Rob Garza) qui font du son sans faire de vagues, même si Rob est d’origine hawaïenne, un son à leur image caractérisé par une rare finesse et une grande élégance, dans un genre electro-dub-world-lounge-downbeat-lowtempo. C’est le genre de groupe dont les morceaux servent facilement d’illustration musicale pour les défilés, les émissions ou autres performances. Une espèce de talent lisse et finalement assez consensuels qui fera suffisamment hype mais qui sera digéré par tout le monde.
Et bien non, Thievery Corporation ce n’est pas ça, ou plutôt c’est ça mais en beaucoup plus subversif et kiffant grâce au détails suivant : au lieu d’utiliser des samples dans des disques, ils proposent des samples mentaux sous la forme d’exercices de styles ou des à la manière de. Ainsi, lorsqu’ils se mettent à jouer du reggae avec leur machine contemporaine à la manière d’un Lee Perry ou d’un Scientist, on décolle. On n’aura pas oublié les bons morceaux des albums précédents et notamment leur premier : <i> Sounds From The Thievery Hi-Fi</i>. Le contraste entre la clarté cristalline de leur son et la rugosité caverneuse des voix graves incantatoires de Jah est particulièrement réussi.
Le dernier album<i> The Richest Man In Babylon </i>est bien dans cet esprit. Au niveau du tracklisting, le morceau éponyme de l’album est un des meilleurs avec aussi <i>The Outernationalist</i> brillamment toasté par un inconnu et <i>State Of The Union</i>, interprété par l’immense Shinehead et Sleepywonder. Des énormes tunes ! Mais il y a aussi d’autres délires comme une version con savor latina <i>Exilio</i> et toujours des ambiances très orientales, avec <i>Facing East</i> et le morceau <i>Omid</i> dont les lyrics sont en farsi.
Vous êtes prévenus, le <i>Warning</i> du premier album c’était du sérieux. Ce retour de Thievery Corporation et du Washington DC posse fait plaisir, après la déception du LP <i>The Mirror Conspiracy</i>, voilà qui devrait faire renaitre toutes les espérances.
Posted: février 26th, 2003
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C’est sous le sigle ACRIMED que sévit ce collectif de journalistes entêtés contre la manipulation et les connivences. Inspirée par Pierre Bourdieu, l’indépendance et l’éthique des médias est leur principale préoccupation et la raison d’être de leur plate-forme en ligne : leur site.
Les articles qu’ils y publient suivent l’actualité en essayant d’analyser son traitement. Sur le mode du décryptage, acrimed se veut un filtre de lecture, un observatoire des médias sous toutes leurs formes. Démentis, critiques, remises en cause, citoyenneté et mobilisation générale, Acrimed se dresse selon ses propres termes comme le pourfendeur du « prêt à penser » que distille un système ayant de plus en plus tendance à traiter l’information, et la culture qu’elle véhicule, comme une marchandise banale dont l’intégrité le cède parfois aux impératifs de la grande distribution.
Bref après la mal-bouffe résultant de l’agriculture intensive, Acrimed met en évidence et engage un combat contre le mal-savoir vraisemblablement dû à l’information intensive. Je me disais bien que le présentateur de CNN avait l’air dopé aux hormones. Mais une telle démarche critique ne va pas sans en appeler une autre, appliquée à soi. Tous ces doutes n’ont-ils pas un caractère excessif ? A force de voir de la manipulation partout ne risque-t-on pas de sombrer dans des théories loufoques de complots voir dans la paranoïa aiguë ?
Peut-être, mais en attendant un peu de recul mental ne peut pas faire de mal et j’invite sans délai les trofornautes à aller se forger leur propre opinion sur ce projet qui saura, gageons-en, stimuler leur doute et leur curiosité.
Posted: février 24th, 2003
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Il y a quatre ans, en 1999, sortait le deuxième volume de la vidéo consacrée au graffiti Dirty Handz, avec comme sous-titre : Destruction of Paris City. Distribuée par VPC ou dans les magasins spécialisés, elle est aujourd’hui encore disponible sur Internet.
Hardcore, c’est l’adjectif qui revient le plus souvent pour décrire ces quelques 35 minutes de peinture et d’expression rupestre post moderne. Dans un climat très underground et chargé, renforcé par une bande son adéquate, cette vidéo témoigne des activités de quelques-uns uns des plus fameux groupes de taggueurs parisiens. Au menu les crew suivants in full effect : 13ers, 156, BASF, CLM, FMK, GT, MX, PME, SDK, TMA, TPC, WUFC. Très axée sur le Transit System (métros, RER, trains), la vidéo présente néanmoins quelques artistes de rue tels que SEB et Jonone. Un aperçu de la scène parisienne qui laisse penser qu’on habite vraiment une ville de barbares, de forcenés jusqu’au-boutistes et prêt à tout.
En effet les performances présentées sont d’une violence à couper le souffle : cartonnage en règle d’un dépôt, d’une station ou d’une rame, à la bombe, au rouleau ou directement à la bougie d’allumage pour ce qui est de la gravure sur métal. C’est d’entrée une ambiance de guerre urbaine qui prédomine et lorsqu’un des membres de la Grim Team inscrit sur un rideau de fer la phrase suivante on se pose quelques questions d’ordre moral : « More Dead Cops ». On est loin des incivilités et beaucoup plus proche d’un vandalisme radical, aveugle et n’ayons pas peur des mots : complètement teubé. A croire qu’un morceau de NWA comme « Appetite for Destruction » a été pris au premier degré et que les plus accrocs en ont fait une devise.
Bref après les snuffs movies qui montraient des morts réelles en vidéo, Dirty Handz propose un nouveau concept : de l’ultra violence, en toute illégalité toujours, mais sur les biens plutôt que sur les personnes. Voir mourir un wagon en direct. Du Crime Time comme si vous y étiez…
Posted: février 19th, 2003
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Anti-promo, voilà le nouveau concept de cet article consacré à NAS, Nasir Jones alias nasty Nas, the rebel of the street corner. Puisqu’à chaque fois qu’il sort un nouveau disque on revient à son premier, n’y allons pas par quatre chemins et sautons sur l’occasion pour remettre les pendules à l’heure.
Victime d’un accident, Nas s’est fait renverser lui-même par son succès ou plutôt le succès survenu en 1994 et qui porte, en plus de sa signature celles de Dj Premier, Large Professor, Pete Rock et Q-Typ : les plus grands du moment. Un casting de rêve donc et pas des featurings minables qui fredonnent un bout de refrain non, une équipe de professionnels pour la production d’un album mythique qui souffle littéralement tout ce que le pauvre Nas à pu faire par la suite. L’actualité de Nas c’est donc paradoxalement son passé, celui d’un prodige qu’on voyait régner en seigneur du hip hop pendant des décennies et qui n’a fait que se vautrer dans la médiocrité, s’enfoncer dans l’insipide, disparaître sous sa propre étiquette, disque après disques.
Mais voilà un jugement un peu sévère et le cas Nas mériterait d’être reconsidéré. Si on écarte donc Illmatic qui est définitivement hors compétition, et qu’on examine le reste de sa production, on constate que son talent rejailli de façon sporadique. Que le son même de sa voix est associé à New York et qu’il véhicule une certaine authenticité qui fait résonner de façon si singulière le morceau Made You Look de son dernier album par exemple ou encore Executive Decision sur la BO de The Firm. Alors ne vous fier pas à sa compilation de morceaux inédits sorti en septembre 2002, The Lost Mixtapes, qui exhume encore quelques perles d’antan, Nas n’est pas tourné vers le passé, il a juste franchi un point critique très tôt, trop tôt, un stade de la création artistique où l’amélioration n’est plus possible, où la notion de progrès disparaît et ou le seul facteur restant est la chance, l’alchimie, la magie.
Fils de Jazzman, Nas ne compte pas s’arrêter avec God’s Son et sa carrière de rappeur professionnel finira bien par faire de lui un dieu vivant au hasard de quelques bonnes rencontres. En attendant, il est toujours impérieux d’écouter Illmatic en entier régulièrement.
Posted: février 17th, 2003
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Quelle gratitude devrais-je avoir pour la France ? Voilà résumée la question que peut se poser Bouda, un des plus talentueux breakers de la scène hip hop hexagonale victime de la double peine.
La raison de cet article vient d’un film documentaire diffusé lundi 3 février sur Arte de Jean-Pierre Thorn qui raconte l’histoire de Bouda et qui s’intitule « On n’est pas des marques de vélos ». Bouda est arrivé en France à l’âge de 4 mois et, après une jeunesse de jeune prodige de la danse, il sombre à la fin de son adolescence dans la délinquance et la toxicomanie. Après avoir purgé une peine de prison, il est victime de la « double peine », à savoir un arrêté ministériel d’expulsion lui interdisant le territoire français, son pays. Ne sachant pas quoi foutre en Tunisie, il revient après quelques mois en France où il se trouve aujourd’hui encore en situation irrégulière.
La phrase de Joey Starr prend alors toute sa dimension : quelle gratitude ? Privé de liberté pour les fautes qu’il a commises, il se retrouve aujourd’hui privé de pays sans savoir pourquoi. Mais revenons un instant sur ce que lui a donné à la France : son travail, son talent et ses rêves. Danseur doué, personne n’a oublié ses phases : ni Sidney ni Kool Shen ni Jimmy Kiavué (organisateur des premiers gros évènements hip hop en Seine Saint Denis en 84/85) qui tous trois témoignent dans le film. « De toute une jeunesse, vous avez brûlé les ailes brisé les rêves, tari la sève de l’espérance ». Le gâchis c’est le sentiment que dégage le parcours de Bouda.
Si Van Gogh avait été expulsé d’Auvers sur Oise vers les Pays Bas et interdit de territoire français on aurait bien l’air con aujourd’hui et c’est précisément ce qui arrive à Bouda. Décidément, tout n’est pas si facile et comme dit Kerry « le combat continue ».
Posted: février 11th, 2003
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Avec une grosse semaine de retard, voici une petite présentation du nouvel an chinois à Paris et le bilan d’une journée de fête urbaine consacrée au passage à l’année 2546 : bienvenu à pétard-land.
Comme chacun le sait, en Chine, chaque année est incarnée par un animal sacré et après l’année du cheval, nous sommes entrés dans celle de la chèvre. Un prospectus ramassé lors du défilé dans le treizième arrondissement dimanche 2 février nous donne quelques informations édifiantes : « Dans l’astrologie chinoise, la chèvre représente la fantaisie et l’esthétisme. Elle est tendre, pacifique, artiste, créative, intuitive et capricieuse. L’année de la chèvre est favorable aux artistes, comédiens… mais aussi aux troubles politiques et diplomatiques. » Voilà pour la légende et l’aspect mystique de la chose. Mais attardons-nous un instant sur cette véritable rave ethnique qui met à jour une folie traditionnelle dans une débauche d’énergie démonstrative et entrainante.
Une procession de plus d’un millier de figurants est accompagnée par les dizaines de milliers de badauds et spectateurs aux rythmes de la musique, des tambours, des danses acrobatiques et des démonstrations d’arts martiaux. Le dragon est l’animal préféré de la foule et partout où il passe, on essaye de lui toucher les écailles ce qui porte chance pour l’année à venir. Nul doute que c’est en Chine que fut inventée la poudre car les pétards sont manipulés à cette occasion dans des proportions inimaginables. Des explosions en chaines toutes plus puissantes les unes que les autres font trembler les immeubles et sont destinées à écarter les mauvais esprits mais surtout avouons-le à distraire la foule qui s’abandonne à une liesse populaire d’une rare démence.
Alors oreilles sensibles s’abstenir, pour les autres, réservez votre après-midi et profitez-en pour découvrir quelques spécialités ultra funky qu’elles soient spirituelles, vestimentaires ou bêtement culinaires comme le coco-mix par exemple qui réinvente le milk-shake et donne la force d’assister à la plus grande manifestation de l’année dans le quartier chinois.
Posted: février 10th, 2003
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