
Raymond Depardon a un grain, c’est certain ! Et quel grain, le grain de sa photo, le grain de sable du désert ou tout simplement le grain de ceux qui en ont un ? Un Homme Sans l’Occident, son dernier film, nous les livre tous d’un coup et c’est un coup de maître.
On ne présente plus Depardon, photographe connu et reconnu, on présente son travail : en l’occurrence un long métrage distribué dans une trentaine de salles en France ce qui est remarquable pour un film d’auteur. Mais venons en au fait, l’homme dont il s’agit c’est Alifa, chasseur nomade du Sahara dont l’existence se mêle à celle du désert dans un tourbillon de sable emporté par le vent. C’est un film d’une qualité graphique et esthétique inestimable, chaque plan, chaque séquence retient l’intensité de l’instant comme les bosses du chameau retiennent l’eau.
La dureté du désert et son extrême exigence se retrouve dans les populations qui l’habitent et qui s’y fondent sans mauvais jeu de mots. C’est en noir et blanc que la lumière aveuglante découpe les dunes et révèle les traces que le vent aura bientôt fait disparaître. C’est aussi le noir et blanc qui souligne le contraste entre la peau sombre de ces hommes et les tissus claires dont ils se vêtissent en renforçant un peu plus leur élégance rare.
Assisté dans sa tache par le scénariste Louis Gardel et le livre de Diego Brosset, Raymond Depardon ne signe pas non plus un documentaire : il raconte une histoire, une fable de méhariste. Une heure et demie de rêve éveillé ça le fait !
Posted: janvier 22nd, 2003
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2002 fut un bon cru musical et après un démarrage en douceur, qui nous a laissé un arrière goût de Neptunes dans le palais, la fin de l’année nous a offert des albums d’une qualité rare parmi lesquels Red Hot + Riot. Disque produit par une organisation de lutte contre le Sida qui nous avait déjà fait découvrir Red Hot + Cool au début des années 90.
C’est un hommage à Fela décliné en une vingtaine de titres au casting incroyable dont seule la liste quasi exhaustive peut vous permettre de réaliser l’ampleur du projet : Mix Master Mike, Blackalicious, Dead Prez, Jorge Ben Junior, Talib Kweli, Bilal, Positive force, D’Angelo, Femi Kuti, Macy Gray, Roy Hargrove, Nile Rogers, Common, Cheikh Lô, Les Nubians, Manu Dibango, Château Flight, Money Mark, Tony Allen, Archie Shepp, Positive Black Soul, Kelis, Sade et bien d’autres…
La plupart des morceaux sont très largement inspirés de compositions de Fela Anikulapo Kuti, comme Zombie par exemple qui est en fait une reprise. Les autres morceaux revisitent à leur manière l’esprit de l’Afro Beat en y mêlant des sonorités plus modernes issues de la scène Nu Jazz, Soul et Rap. Pour le tracklisting on retiendra l’excellent Water No Get Enemy comme un des morceaux les plus réussis ainsi que le très grand Shuffering and Shmiling dans lequel le duo vocal Dead Prez confirme sont inépuisable talent.
Un événement donc que cet album collectif qui fait se rencontrer plusieurs continents dans une vibration fraîche et positive nourrit par l’impérissable patrimoine du Black President. Pour les sceptiques sachez que loin d’être du réchauffé il s’agit plutôt d’une véritable résurrection !
Posted: janvier 17th, 2003
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Paru en 1991, Génération X est un roman qui, comme toutes les grandes réussites, conserve une redoutable pertinence aujourd’hui encore et qui continuera longtemps à parler à la génération de celles et ceux qui sont les enfants des baby-boomer.
C’est le premier livre de Douglas Coupland, auteur canadien né en 1961, et il est souvent considéré comme un livre culte. A travers le récit de la vie de trois personnages et de l’amitié qui les unie, il dépeint l’univers quotidien d’une jeunesse désillusionnée aspirant paradoxalement au rêve. C’est en quelque sorte une réponse à Guy Debord par la fiction : la théorie cède la place à l’expérience et du même coup le plaisir de la lecture se substitue aux affres de l’analyse.
La génération X pourrait être celle qui succède à la beat génération de Burroughs et Kerouac. C’est la fuite en avant d’une jeunesse incandescente aux prises avec la pesanteur invincible d’un monde qui se dresse devant eux comme un obstacle. Il n’est pas une page où l’on ne trouve pas un peu de soi dans le récit des pérégrinations de Claire, Andy et Dagmar les héros. Tout au long du livre, l’auteur égrène les définitions de nouvelles expressions piquantes et judicieuses qui mettent le doigt sur une réalité sociale devenue globale à bien des égards telles que : "Jet-Set Misère, McJob, Moi-isme, etc…".
En le lisant, vous pourrez satisfaire votre curiosité et bien plus encore car ce livre est plein d’humour même s’il s’agit parfois d’un cynisme non dissimulé. Pour résumé voilà un livre incontournable, indispensable et comme dirait VGE tout simplement fondamental.
Posted: janvier 16th, 2003
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Dans la famille des peintres méconnus du grand public, des originaux géniaux du pinceau, des traumatisés de la première guerre mondiale et des amateurs de femmes enceintes, Beaubourg propose le dessinateur allemand.
Jusqu’au 31 mars 2003, la galerie d’arts graphiques du Centre Georges Pompidou expose un aperçu des dessins du peintre expressionniste Otto Dix (1891-1969). Rendu célèbre dès 1912 par ses peintures particulièrement provocantes, il n’aura de cesse tout au long de sa vie de peindre à contre courrant des modes, explorant sa propre voie. Engagé volontaire en 14, il restera, comme son œuvre peut en témoigner, à jamais marqué par l’horreur de 4 années passées dans les tranchées. A cette époque les jeunes n’étaient pas encore passionnés de film gores et si Otto montre l’atroce c’est pour le condamner, il déclara d’ailleurs "Tout art est condamnation". Le triptyque de la guerre (terminé en 1928 après plusieurs années de travail) et dont les épreuves sont actuellement à Beaubourg en est l’illustration.
Entre les deux guerres, son art est toujours porteur d’une condamnation même si celle-ci est d’avantage sociale lorsqu’il entame ce qui est peut-être le sommet de son oeuvre : les portraits. Mais la deuxième guerre mondiale le rattrape et tout ça lui aura laissé trop peu de temps pour s’adonner à sa vraie passion : les femmes enceintes. La déclaration qui accompagne son ultime grande fresque sur la guerre en 1966 résonne encore dans nos esprits avec une actualité qui fait froid dans le dos : "Je pense qu’aujourd’hui une seule grande question se pose : L’humanité parviendra-t-elle un jour à assurer la paix ou retombera-t-elle dans la barbarie fasciste et dans la guerre ?".
Ouvrez donc vos écoutilles à l’art qui condamne et n’hésitez surtout pas à voir d’autres œuvres d’Otto dont l’énorme talent ne saurait se réduire à ce qu’exhibe votre musée préféré. Par la même occasion vous pourrez admirer le nouvel accrochage de la collection permanente de Beaubourg et faire d’une pierre deux bons coups.
Posted: janvier 15th, 2003
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La salsa loca sera là en 2003. Après leur prestation époustoufollante de la fin décembre à Paris, NG La Banda laisse une quasi-impression de manque et mérite à ce titre quelques développements.
Espèce de noblesse musicale cubaine, la New generation (NG) succède à la génération des musiciens des années 30-40 et fut créée en 1988 par le flûtiste José Luis Cortes aussi connu sous le petit nom de « El Tosco ». La Banda prodigue une salsa traditionnelle mais pas relou, en continuant d’appliquer avec l’énergie de leurs vingt ans les recettes de la grande époque à savoir : une discipline de fer dans un bordel monstrueux.
A la façon d’un James Brown, d’un Fela ou d’un Johnny Pacheco, le Director de la formation domine son orchestre et l’exploite sans pitié pour le plus grand plaisir du public. A mi-chemin entre le guru et le chef d’orchestre, il joue un rôle qui transcende celui du MC des temps modernes en lui conférant un statut supplémentaire d’architecte sonore. La maîtrise et l’apparent contrôle du Director tranchent avec l’esprit de démence que véhicule le son.
En bref, on redécouvre le live en se laissant envoûter par la folie cubaine de la Banda et c’est au moment où l’on se sent le plus perdu que l’on réalise qu’on a affaire à de véritables professionnels.
Posted: janvier 13th, 2003
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musique
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