
Fils de l’aigle, c’est ainsi que l’on nomme parfois le peuple albanais. Faisant référence au symbole national, l’aigle bicéphale ainsi qu’au caractère profond des Albanais eux-mêmes : fiers, forts et redoutables.
Une bonne entrée en matière de l’approche historique de ce pays consiste à souligner le fait que l’Albanie est à la fois un des plus anciens peuples d’Europe et une des nations les plus jeunes. La première date de la chronologie albanaise remonte à la fin du 15ème siècle alors que le héros national Skanderbeg (Kastrioti de son vrai nom) résistait pendant plus de 25 ans à l’inexorable invasion ottomane. La culture albanaise est d’ailleurs restée fortement imprégnée par cette domination qui dura jusqu’au début du 20ème siècle, jusqu’au 28 novembre 1912 précisément date qui reste aujourd’hui encore celle de la fête nationale. La toute jeune Albanie est immédiatement plongée dans le chaos de la 1ère guerre mondiale et ne retrouve une certaine stabilité dans les années 20 que pour devenir un royaume, celui du roi auto proclamé Zog 1er. Après ça le pays est de nouveau envahi, par l’Italie puis par l’Allemagne lors de la seconde guerre mondiale et fait partie du bloc de l’Est à sa libération en 1944. Mais à partir de 1968 le régime du camarade Enver Hoxha (prononcez odja) ne s’aligne pas, à l’instar de son voisin Yougoslave, sur le modèle Stalinien et contribue à faire de l’Albanie un des pays les plus isolé du siècle passé.
L’Albanie est donc un pays qui a ouvert ses portes au monde il y a une dizaine d’années. Depuis tout va très vite, la culture mondiale déferle sur le pays comme un tsunami : musique, cinéma et tenue vestimentaire, tout ici est marqué par le sceau de l’oncle Sam considéré par les Albanais comme le grand frère. Le rêve américain ou européen et leur idéal de consommation n’ont pas tardé à s’imposer de sorte que grosses voitures et téléphones portables fleurissent comme des champignons après la pluie. La culture albanaise à proprement dit ressemble aux vestiges d’un ancien temps, c’est à se demander si le bébé n’aurait pas été jeté avec l’eau du bain. Le paradoxe de l’Albanie d’aujourd’hui se trouve aussi dans son ouverture : les marchandises rentrent bien sûr, les Albanais voyagent, dans la mesure de leurs faibles moyens, mais très peu d’étrangers viennent en Albanie et le pays reste pour les personnes assez impénétrable. Les traditions claniques ont la vie dure et l’étranger attire la curiosité mais aussi une forme de soupçon.
Pour conclure, on peut dire que parler du retard albanais n’est pas un vain mot. Une seule statistique est éloquente : en 1948, près de 90 pourcent de la population était analphabète et les efforts du camarade Enver n’ont pas pu faire rattraper au pays le gouffre qui le sépare du reste de l’Europe.
Posted: août 26th, 2002
Categories:
Non classé
Tags:
Comments:
No Comments.

Ce deuxième volet des articles consacrés à l’Albanie se propose de vous faire découvrir un nouvel aspect de cette culture singulière en vous penchant sur l’art culinaire, l’art de la table, le fooding, la bouffe.
On imagine mal de quoi peut-être constituer un menu albanais type et vous me direz : on s’en fout pas mal. Grossière erreur car, comme chacun sait, on est ce que l’on mange et connaître la bouffe albanaise, c’est déjà un peu mieux connaître les Albanais. Mais trêve de propos liminaires, commençons comme il se doit par l’apéritif : le Raki. Le raki, qui sert également de digestif et de boisson pendant le repas, est ce qu’on appelle en France une eau-de-vie ou encore une gnaule. Il existe deux sortes de raki, le raki national, destiné à la distribution et généralement d’assez mauvaise qualité, et le raki artisanal dit « des familles » de qualité variable. Pour savoir si un raki est bon (entendez fort) il suffit de s’en verser une petite quantité au creux de la main et d’approcher un briquet. Le bon raki s’enflamme instantanément car sa teneur en alcool est bonne (environ 65°), le mauvais raki met beaucoup plus longtemps à brûler. Le raki est donc une boisson redoutable qu’il faut savoir déguster avec modération.
Passons maintenant au manger : tout comme la langue albanaise, la gastronomie est riche de nombreux emprunts à ses pays voisins du pourtour méditerranéen. On retrouve le cafta rebaptisé Qofte, petites boulettes de viande grillées, le chiche-kebab à base de poulet présenté en brochette, le très classique doner d’origine turque comme le Byrek qui est un feuilleté au fromage ayant une teneur en beurre proche de celle du kwin aman breton. Mais le plat suprême, l’apothéose de la friture, le comble de la teneur en huile, le « jambon beurre albanais », l’encas par excellence c’est sans aucun doute le souflatché. Ça ressemble à ce qu’on appelle vulgairement en France le Grec-Frites. La seule différence c’est le pain, une pita spéciale, épaisse et tendre à la fois savamment frite elle aussi. Le souflatché est un classique qui se mange à la volé dans la rue mais qui donne un bon aperçu de l’ambiance alimentaire générale de la région.
Cet exposé est bien sûr non exhaustif car il serait difficile de recenser ici la totalité des mets albanais. Dans l’ensemble on mange gras et on picole fort en Albanie. Une alimentation à l’image de son peuple : bon vivant mais pas toujours dans la plus grande finesse. Cela dit il existe bien sur d’excellentes tables albanaises qu’il faut savoir dénicher.
Posted: août 17th, 2002
Categories:
Non classé
Tags:
Comments:
No Comments.

Ici commence le dossier composé de plusieurs articles que Trofor.com entend consacrer à l’Albanie. Longtemps coupé du monde, ce pays pourtant situé au cœur géographique de l’Europe sera l’objet de nombreux développements afin de le faire mieux connaître et donc mieux apprécier.
Coincé entre la Grèce, la Macédoine, le Kosovo et le Monténégro, l’Albanie est avant tout admirable de par ses richesses écologiques. C’est un pays montagneux et très vert, offrant de longues côtes tant à la mer Ionienne qu’à la mer Adriatique. Entre autres ressources naturelles, ses montagnes constituent le premier réservoir d’eau douce en Europe. Mais pour des raisons politiques, l’intérêt économique que les Albanais peuvent en tirer est quasi inexistant. Le tourisme est très peu développé et l’eau courante n’est pas l’apanage de tous. L’année 1997 est considérée comme l’année zéro en Albanie. C’est la fin des troubles qui succédèrent au régime communiste qui a fait de l’Albanie un des pays les plus isolés du 20eme siècle. L’Albanie moderne à donc 5 ans et comme chacun sait, 5 ans c’est pas l’age de raison.
De tradition clanique et somme toute méditerranéenne, une des plus grandes réussites de l’Albanie d’aujourd’hui c’est, avouons le, sa mafia. La découverte de la liberté d’entreprise liée à d’importants besoins en cash ont fait des Albanais des hommes d’affaires redoutables dont la réputation, après avoir traversé l’Italie, s’étend désormais dans de nombreux pays. Malheureusement, ces activités « internationales » ternissent l’image d’un peuple tout entier loin d’être constitué exclusivement de bandits. L’atmosphère un peu chaotique d’un pays découvrant un nouveau système de fonctionnement renforce l’image que les étrangers s’en font. Au-delà de l’image d’Épinal, on découvre en arrivant là-bas des gens extrêmement hospitaliers, plein de sens de l’humour et très curieux de découvrir les autres cultures.
Le cadre général pourrait se résumer ainsi : une salle des trésors oubliée dont on vient d’ouvrir la porte et que quelques pillards souillent et discréditent tendis que l’Albanie la vraie n’ose pas encore se révéler à cause sans doute de ce que l’on pourrait appeler ici la pudeur des peuples fiers. Bienvenue dès lors au plus jeune de nos pays frères.
Posted: août 9th, 2002
Categories:
Non classé
Tags:
Comments:
No Comments.