
C’est sous ce nom énigmatique pour toutes celles et ceux qui ne sont pas familiarisés avec le discours d’Hector Obalk que se présente la suite de l’exposition « Ce sont les pommes qui ont changé » qui s’est tenue en automne 2000 à l’école des Bozars.
Curieuse façon de parler d’une exposition que de s’intéresser en premier lieu à son commissaire plutôt qu’à ses exposants, à son titre plutôt qu’à son contenu. Et pourtant cela se justifie tant le concept des pommes est explicatif, pédagogique, bien vu. Les pommes sont là, elles symbolisent ici le sujet d’une peinture presque naïve, produit d’une évolution artistique tirant sa sève originelle dans la figuration libre du début des années 80 et s’épanouissant dans la contrainte d’une réalité toujours changeante, de ces pommes qui ne sont ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait des autres. Peindre une réalité que beaucoup considère comme laide, vulgaire, dénuée d’intérêt esthétique. Peindre un carrefour, un panneau Decaux, un tunnel ou un échafaudage. Les auteurs de ces toiles souvent admirables s’appellent : Boisrond, Goldstain et Weiler pour les meilleures.
Les pommes ont changé, mais cela fait un moment déjà qu’elles ont changé et on n’a heureusement pas attendu ces peintres là pour s’en rendre compte. S’extasier devant un caniveau, une gouttière ou une poubelle, c’est le b.a.-ba de la sensibilité urbaine. Ce que les peintres du salon des pommes nous montrent c’est que le sens de la ville, celui qui inspire les poètes, les graffeurs ou les photographes depuis Brassaï, Futura ou Baudelaire est peu à peu en train de gagner la peinture sur toile. Enfin une façon intelligente qu’à l’Art de Rue cher à la FF d’entrer dans les galeries, pas par la porte de l’underground, ni par celle de la récupération mais par un autre délire au croisement de la dramaturgie et de la scénographie, ce qu’un certain M.Touchard a aussi appelé des « polaroïds cérébraux et autres instantanés urbains ».
En bref, si Trofor.com défend le contestable c’est qu’il y aperçoit un éclair d’humilité et de justesse dans un monde ou la fascination chasse trop facilement la contemplation de ce qui est là et qui cartonne.
Aujourd’hui et demain de 14h à 22h , exposition à la galerie Nikki Diana Marquardt, 9 place des Vosges à Paris.
Posted: mai 25th, 2002
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C’était samedi dernier, au New Morning dans le célèbre club de Jazz parisien que c’est produit celui qu’on appelle aussi Karkar le bluesman Malien.
Paroxysme du dépouillement, c’est une scène quasiment vide qui attendait le public ce samedi soir. Un micro bien sûr était là pour Boubacar mais pour l’accompagner, rien, rien qu’une demi calebasse, posée sur une table recouverte d’une étoffe Bambara. Et un homme pour en faire bon usage : le percussionniste. C’est à la force du poignet et de ses bagues magiques qu’il a admirablement battu la mesure et accessoirement chauffé la salle pendant tout le concert. Boubacar quant à lui faisait preuve d’un grand calme, à la limite de la gravité. Debout, la guitare en mains, il chantait et égrainait les notes comme seuls les bluesmen savent le faire.
A un moment donné j’ai cru entendre le son d’une cithare dans un accord et je l’ai fait remarquer à mon paille Tim qui était de la partie et ce dernier m’a répondu : « Il y a tous les sons dans sa guitare ! ». L’universalité du son était donc là, présente entre les cordes mais aussi dans la voix de Karkar. Ces mots simples, même s’ils sont parfois durs à comprendre, parlent des femmes, de l’amour et de la mort. C’était comme une incarnation du poète dans toute sa force. Le public ne s’y est pas trompé, emballé qu’il était par tant de douceur, de beauté et de grâce. On pouvait ressentir, dans la mélancolie de ce blues venu d’Afrique, toute la force de l’expérience humaine qui doit être celle de Boubacar.
Il nous a émus, réveillé en nous ce que nous avons de meilleur, de compassion, d’espoir et d’amour. Mais lorsque la fin du concert est arrivée, il a bien fallu laisser Karkar partir et ce, malgré le triomphe que toute la salle lui a fait. Il reviendra j’en suis sûr et ce jour là, vous aussi serez là et ensemble nous écouterons sa musique qui nous montre ce que nos yeux ne peuvent pas voir mais que notre cœur peut sentir.
Un film sortira cet automne sur la vie de Boubacar Traore. Vous pouvez dès à présent consulter le site Internet qui lui est consacré.
Posted: mai 7th, 2002
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Avant-hier au Théâtre National de Chaillot, la première représentation de la nouvelle création de danse contemporaine de Jean-Claude Gallotta a bien eu lieu. Son titre, 99 Duos, explicite largement le thème général du spectacle : une réflexion corporelle autour du couple.
C’est par un pur et heureux hasard que votre serviteur s’est retrouvé aux premières loges de ce spectacle exceptionnel. Il faut le reconnaître, la danse est une discipline finalement assez rare, secrète et disons le, élitiste. Fort de ma culture de super marché, ma connaissance de la danse contemporaine se limitait jusqu’alors au spectacles de Philippe Découfflé rendu célèbre par les cérémonies des Jeux Olympiques d’Albertville en 1992 puis par celles du vingtième anniversaire du Centre Georges Pompidou en 1997. Le travail du chorégraphe et metteur en scène Jean-Claude Gallotta participe du même mouvement artistique que l’on appelle donc la danse contemporaine. Toute la technicité physique de la danse classique et traditionnelle se retrouve dans des spectacles qui ne sont pas sans évoquer quelques installations de personnes ou autres performances auxquelles l’art contemporain nous familiarise d’avantage jour après jours. Le corps en action, le corps comme seul et unique instrument soumis aux forces, gravitationnelles, magnétiques, attractives ou répulsives venues du danseur lui-même ou de ses partenaires, voilà ce qu’un tel spectacle donne à voir.
Et la grâce est au rendez-vous. L’idée du couple étant déjà en soi un cliché, l’auteur en profite pour nous emmener un peu plus loin avec ses couples bizarres, non conventionnels et pourtant si révélateurs de ce qu’est une paire d’humain : un drôle d’équilibre. Le spectacle commence avec une apparition de Jean Claude Gallotta lui-même qui semble décrire avec sa partenaire ce qui pourrait être une parade nuptiale entre deux oiseaux. Les scènes s’enchaînent ensuite dans la même thématique dégageant sensualité, poésie et humour. Qu’il est bon de voir des danseuses et des danseurs livrer sans réserves le fruit d’un travail fait sur leur propre corps. Les artifices disparaissent, les seuls médias qui persistent dans cet environnement sont l’éclairage et la musique qui est finalement le principal décor et qui mérite ici qu’on souligne sa qualité.
Je ne sais plus qui disait cela, il me semble que c’était Claude Lévy Strauss : Le corps est la première des universalités. C’est ce que les hommes de tous pays et de toutes nationalités partagent. Cette anatomie, cette enveloppe qui est la notre, dans laquelle nous sommes seuls et avec laquelle nous faisons face à la vie ou à l’autre dans le cadre du couple. Si l’occasion se présente à vous, ne manquez pas ces 75 minutes de bonheur, c’est un peu long pour une parade nuptiale certes mais enfin, on ne voit pas ça tous les jours !
Posted: mai 4th, 2002
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