Le souvenir que laissera dans les mémoires le concert d’hier à l’Elysée Montmartre est du genre impérissable. Monsieur Saul Williams s’y produisait et il a, comme on pouvait s’y attendre, mystifié son public.
Dès son entrée en scène, les dés étaient jetés : il commence par quelques respirations méditatives comme s’il avait voulu prendre le silence à témoin et enchaîne aussi sec sur un de ses morceaux phares (il n’y en à pas beaucoup) dont j’ignore le nom mais que l’on peut rebaptiser sans prendre trop de risques « The beat goes Om » L’auditoire qu’il a en face de lui ne ressemble pas vraiment au public d’un concert de rap mais beaucoup plus à une brochette d’intellos post-punk et néo-new wave. Totalement en phase finalement avec Saul qui prêche d’une verve débordante des théories sur tout. Le charisme de ce mégalomane n’aura échappé à personne, lui qui prétend que nous sommes tous au plus profond de nous des petits morceaux d’étoile comme le résume bien la dernière phrase sortie de sa bouche : « (…) and so you’re all a « rock star » by birth. »
Entre cosmologie et poésie de comptoir, entre radicalisme et volonté d’ouverture, entre générosité et égocentrisme, entre New York et Paris : Saul Williams est un paradoxe. Extrêmement attaché à la compréhension des textes et soucieux de distiller un rap conscient et pertinent, son discours s’efface pourtant lorsque s’élèvent et résonnent les accords de la guitare folle, les cymbales de la batterie sauvage, les scratchs du DJ et l’organe du maître, dans un tourbillon d’émotions purement physiques, ressenties, incalculables et irrationnelles.
Par ce concert, Saul Williams a réservé sa place au Panthéon des légendes scéniques… A suivre.
News for avril 2001
SAUL FANATIQUE
JERU LE MAITRE
Dans la série des énormes talents incontournables et pourtant méconnus du grand public, je demande le boucher de New York, le sage de Brooklyn, le rasta de Gangstarr j’ai nommé Jeru the Damaja alias The Original Dirty Rotten Scoundrel.
Après ses deux albums cultes « Sun rises in the East » et « Warth of the Math » il a sorti un album en 1999 intitulé « Heroz 4 Hire ». A l’instar de Soundicate.com (voir le lien en fin d’article) je déplore la distribution exécrable de ce disque en France. Le vinyle n’a apparemment même pas traversé l’Atlantique. Pourquoi, parce que Jeru, fidèle à l’image radicale qu’il donne de lui a fait le choix de l’indépendance, de l’autonomie en un mot de l’auto production. C’en est fini de la collaboration avec DJ Premier qui a fait de Jeru le mythe qu’il est aujourd’hui. Le dernier LP est donc signé Jeru à 100%. Les boucles, les samples et le mix sont de lui tout comme les textes de son flow légendaire. Jeru ne rappe pas, il scande, il déclame, il prophétise, il assène les rimes comme des coups de poing. La puissance qu’il dégage est tout bonnement indescriptible et c’est la raison pour laquelle je vous engage vivement à aller consulter l’interview de 4 pages que Soundicate a recueillie.
Jeru est rare et il ne doit pas y avoir beaucoup d’interview de lui en français. En trouver une est donc une occasion de mieux connaître ce mystérieux maître de « l’art de parler » et un événement qui méritait d’être signalé sur Trofor.com. C’est chose faite.
QUI EST RAMMELZEE ?
Voilà un nom bien énigmatique qui en général ne dit rien à personne. Le sondage mis en ligne sur Trofor.com depuis plus d’une semaine semble le confirmer.
Rammelzee est un parfait inconnu en France, et ça s’explique. Pour faire court disons que c’est un rappeur qui à connu son heure de gloire à la fin des années soixante dix dans l’underground New-Yorkais. C’était un MC connu et réputé à l’époque dont le flot hypnotisant tenait en haleine pendant des heures la première génération du mouvement Hip Hop. Maître du free style, les quelques morceaux que l’on connait de lui sont sur des instrumentaux radicaux voir dépouillés, Rammelzee est au Hip Hop ce que Basquiat est au Pop Art (sauf que contrairement à ce dernier, Rammelzee est encore en vie) : Une espèce d’autodidacte bien entouré et bien inspiré. Basquiat est justement le producteur du morceau le plus connu de Rammelzee : Beat Bop VS K-Rob. Rammelzee c’est un peu un fantôme du Hip Hop, qu’on imagine mort parce qu’il est déjà au Panthéon du double H.
Voilà, si vous croisez ce nom à l’avenir sachez en tirer le meilleur parti, soit que vous soyez comme moi un érudit curieux de parfaire vos connaissances des arts, soit tout simplement que vous souhaitiez entendre celui qui est peut-être le plus grand toaster de tous les temps.
Pour votre gouverne, je sais de source sure que Rammelzee était récemment à Marseille pour un show avec le Rock Steady Crew et qu’un passage est prochainement prévu sur Paris.
A bon entendeur : don’t stop the beat bop !
UN PIEGE DE NINJA
Surtout n’allez pas voir le dernier film sorti des studios de Luc Besson : Yamakasi. C’est une vraie merde. Pour y avoir été, je vous mets en garde.
Jusqu’ici Trofor.com vous prévenait de tel ou tel événement trofor. Désormais, des chroniques seront également consacrées à ce qui est tronul, histoire de vous faire profiter des déceptions, voir des erreurs, de notre équipe rédactionnelle.
Le dernier film donc à éviter absolument c’est celui de Ariel Zeitoun : Yamakasi ou l’histoire d’une bande de jeunes férus d’escalade urbaine. Si comme moi vous vous sentez un peu primate dans l’âme et que parfois votre instinct vous pousse, après une soirée d’ivresse, à entamer la périlleuse ascension d’un lampadaire ou à sauter par-dessus une poubelle, alors vous serez peut-être tenté par ce film. Surtout, retenez-vous et ne laissez personne vous y emmener, vous le regretteriez amèrement. Une citation entendue sur le terrain de graffiti de la rue de Charonne dimanche 8 avril résume bien ce que l’on peut en penser : « c’est encore plus naze que Taxi 2 » Quand on s’est fait chier presque deux heures devant un pareil navet et qu’en ouvrant Le Monde on tombe sur une phrase du type : « (…) la réalisation aussi impersonnelle qu’une publicité pour du café moulu », on comprend.
Aucun intérêt donc. C’était un peu prévisible mais qu’est-ce que vous voulez ? Que celui qui n’est jamais allé voir un film tout pourri au cinéma m’envoie le premier mail…
RODIN EN 1900
Le jardin du Luxembourg accueille en ce moment une exposition exceptionnelle exhibant les plus belles réalisations du maître de la sculpture qu’est Rodin.
La sélection d’œuvres présentées est celle que l’artiste avait lui-même faite en 1900 à l’occasion d’une rétrospective portant sur l’ensemble de son travail. Voilà qui explique le mystérieux nom de l’exposition. En attendant il y à des statues en plein air devant le Sénat, elles n’attendent que vous pour vous serrer la main. Une bonne raison de plus si les beaux jours persistent à Paris (je touche du plastique) pour aller essayer les bancs du Luxembourg. Si vous voulez voir toute l’expo, il vous en coûtera de l’argent (je ne sais pas combien) mais surtout de la patience car la queue est longue.