Les anciens entrepôts frigorifiques de la ville de Paris ressemblent de plus en plus à un vestige du passé, coincé entre la très grande bibliothèque et le nouveau quartier Masséna dans le 13éme arrondissement, ils sont pourtant toujours là.
Pour tous les Parisiens ce lieu est fameux, réputé ou du moins connu et on l’appelle « les Frigos ». Depuis une quinzaine d’années, il s’y passe toujours quelque chose. Les quelques 250 squatters qui y vivent sont tous des artistes. Régulièrement, au moins une fois l’an, les Frigos organisent une « journée portes ouvertes » au cours de laquelle chacun est libre de visiter les anciennes chambres froides reconverties en ateliers. C’est un endroit mythique pour plusieurs raisons :
Une raison historique d’abord : Menacé de démolition pendant toutes les années 90, ce bâtiment est un des rares survivants de l’architecture industrielle d’un autre âge.
Une raison culturelle ensuite : C’est à cette adresse qu’ont vécu et créé des artistes majeurs, que se sont déroulées des fêtes inoubliables et qu’ont été peints des chefs d’œuvre de l’art mural : graffiti, fresques, pochoirs,…
Une raison urbanistique enfin : Les Frigos incarnent le dynamisme de l’ensemble du quartier ; le succès du Batofar par exemple n’aurait certainement pas eu lieu en l’absence des Frigos.
Voilà, il ne vous reste plus qu’à entreprendre le pèlerinage. Notez bien l’adresse si vous n’êtes pas sur Paris et allez-y dès que possible car le quartier est en pleine mutation. La dalle Masséna n’est pas terminée et on dirait que la ville est éventrée, une énorme plaie urbaine béante, ça vaut le coup d’œil !
News for février 2001
91 QUAI DE LA GARE
LA VILLE EST TRANQUILLE
Va voir ce film et ta vie changera.
Longtemps après être sorti de la salle, à la simple évocation du nom de Marseille, tu entendras raisonner la voix éternelle de Janis Joplin comme un cri magnifique, à la fois enchanteur et désespéré, ambassadeur du blues phocéen des bétons lézardés aux impalpables reflets de l’azur embrasé.
La meilleure façon de résumé le très beau film que je qualifierais de « film de blues », de Robert Guédiguian serait de me citer « le blues est le sourire du malheur ». Les acteurs et particulièrement l’actrice principale sont éblouissants de justesse, les dialogues arrachent la vérité de la bouche de leurs interprètes et la vista urbaine du cadreur est magique. Si l’expression « c’est de la balle » n’existait pas il faudrait l’inventer pour ce film. Tout est dit, il faut aller le voir maintenant et ce sera difficile puisqu’il est sorti dans peu de salles et depuis un bon moment.
En prime et pour meubler voici les noms des acteurs :
Ariane Ascaride, Véronique Balme, Pierre Banderet, Jean-Pierre Darroussin
Permettez-moi pour conclure de citer une autre connerie « S’il faut aimer le malheur pour aimer James Brown, alors j’aime le malheur ».
LOUISE WEISS
Quand les galeries d’art imitent les petits commerces et se regroupent dans une véritable rue marchande, ça se passe dans le 13ème à Paris et c’est branché forcément.
La rue Louise Weiss, entre la station de métro Chevaleret et la station Bibliothèque François Mitterrand, est en plein dans le nouveau quartier Austerlitz, Tolbiac, Masséna. Dans ce cadre architectural moderne se sont installées les quelques 9 galeries d’art contemporains qui créent l’événement depuis le début de l’année 2001. La concentration, méthode capitaliste, est récupérée par des marchands d’arts…
Toutes les galeries se ressemblent : dans un espace aseptisé, le plus souvent blanc, on découvre une œuvre d’art, au mieux trois ou quatre, présentées comme des fringues de haute couture ou du parfum, dans le meilleur des cas on dirait des agences immobilières. Ici on vend du concept. Pas de stock, très peu d’article donc, et le plus souvent deux feuilles sont données en pâture aux visiteurs : une petite présentation de l’artiste, ses références et une présentation de l’œuvre, ses dimensions, le nombre d’exemplaires réalisés (en général c’est modèle unique) et surtout son prix. Mais si vous êtes comme moi, vous n’irez pas là-bas pour acheter, simplement pour assouvir la curiosité qui est la vôtre et qui justifie à elle seule votre présence sur ce site.
La rue Louise Weiss est avant tout au cœur de la tendance. L’art qu’on y trouve se veut à la pointe, à l’avant-garde.
Allez-y donc, ne serait-ce que pour faire bosser les galeristes qui doivent bien se faire chier dans cette rue déserte coincée entre le métro aérien et les bâtiments du ministère des finances. Mes galeries préférées dans la rue : Jennifer Flay, Almine Rech et Jousse Entreprise.
ISABELLE NANTY
Tout le monde la connaît mais personne n’en parle, donc Trofor.com en parle. Actrice, metteur en scène, auteur ou professeur d’art dramatique, elle est à l’aise sous toutes les casquettes.
A part sa nomination pour le César du meilleur espoir féminin en 1991 dans le film Tatie Danielle (elle joue la mamy-sitter), elle ne fait pas vraiment partie du star system. Et pourtant elle est partout, elle connaît tout le monde et son nom se cache derrière celui des autres.
Voici quelques jalons sur un parcours brillant mais discret :
Prof de Théâtre au cours Florent, elle donne des cours entre-autres à Edouard Baer.
Outre sa carrière théâtrale, elle joue dans plein de films français : « Les Visiteurs », « Ça Reste Entre Nous » de Martin Lamotte, « Amélie » de Jean-Pierre Jeunet, « Les Frères Sœur » et « La Bostella » l’année dernière. Isabelle Nanty a donné des cours et fait partie de la troupe « Les Robins des Bois » avant qu’ils ne connaissent le succès.
Forte de son expérience de metteur en scène de théâtre (Pierre Palmade, Murielle Robin), elle jouie d’une double actualité en ce mois de février 2001 :
Mise en scène du one-man-show de Gad Elmaleh qui m’a-t-on dit est très drôle, et de la pièce « Cravate Club » avec Edouard Baer et Charles Berling, actuellement sur les planches du théâtre Gaieté Montparnasse à Paris.
Voilà, j’espère qu’à l’avenir le nom d’Isabelle Nanty sera pour vous comme il l’est pour moi, un gage de qualité et d’humour.
TATE MODERN
C’est sur les berges de la Tamise que vient d’ouvrir le nouveau Musée d’art moderne Britannique. L’enceinte qui l’abrite est la centrale électrique désaffectée de Bankside qui a été magnifiquement réhabilitée par deux architectes suisses : Herzog et de Meuron.
Dans ce monumental bâtiment post industriel sont accrochées des merveilles de l’art contemporain (que je n’ai malheureusement pas vues) telles que des œuvres de Bacon, Dalí, Giacometti, Picasso, Matisse, Rothko et Warhol entre autres.
Bien que l’accès à la collection permanente soit gratuit, Tate se rattrape sur les expositions spéciales. Century City qui sera à l’affiche jusqu’29 avril 2001, coûte quand même 70 fr au tarif réduit ! L’idée de cette manifestation sous-titrée « Art et Culture dans les Métropoles Modernes », est de présenter une période particulièrement féconde sur le plan artistique pour chacune des 9 villes sélectionnées. Tantôt la métropole est le berceau d’une tendance nouvelle, tantôt elle est simplement l’expression, le point d’ancrage de mouvements qui sont, au 20ème siècle déjà, largement mondiaux. Les grandes villes, élues par la Tate sont : Bombay, Lagos, Londres, Moscou, New York, Paris, Rio, Tokyo et Vienne.
Je vous recommande chaudement, si vous passez par Londres d’aller voir cette expo. On retiendra dans le désordre : les pochettes de disques de Fela pour Lagos, les nus de Schiele pour Vienne, les abstractions graphiques de Malevitch pour Moscou, le magazine de photographies nippon Provoke, les performances des fous New-Yorkais. Mais le plus fort, excuser le chauvinisme, c’est Paris : Delaunay, Chagall, Brancusi, Picasso, Braque, Picabia, Kupka, Matisse, Vlaminck, Modigliani et tous les autres !
RENEGADE HARDWARE
Vous connaissez tous le label de Drum’n’Bass Trouble On Vinyl bien sûr et bien sachez que Renegade Hardware en est une sous-division. Spécialisée dans la tech step, leurs productions sont radicales, speed et toujours syncopées.
C’était vendredi soir au club The End à Londres que se produisaient quelques uns des DJ du label, Marcus Intalex et Bad Company entre autres. La tech step c’est un style de techno très proche de la jungle (drum’n’bass je ne fais pas la différence) et qui pousse à danser d’une manière très rapide, presque nerveuse. Le show se déroule suivant les règles très classiques du Sound System : chaque DJ est accompagné d’un MC furieux, qui scande des bribes de phrases d’une voix électrique et saturée en exhortant les foules jusqu’au delirium tremens. Les DJ usent et abusent de la technique dite du « rewind » ou encore « pull it up again selecta » qui consiste à ramener un morceau au début juste après qu’il soit parti. L’idée c’est d’écouter deux fois l’intro du morceau, sa montée, qui est souvent le meilleur passage, celui de la décharge.
Du point de vue purement musical donc on peut dire que le son de Renegade Hardware est clairement Britannique, à l’image du mix : froid mais efficace. L’ambiance sonore est guerrière, les basses fusent comme des torpilles et le hurlement des machines ne laissant pour ainsi dire pas le temps de respirer. Seul point négatif : le public over shooté aux extas et à toutes sortes de pilules. Chacun avec sa bouteille d’eau à la main dépensait une énergie usurpée tels de véritables morts-vivants ressemblant parfois plus à des moutons qu’à un véritable auditoire.
Mon conseil, allez vous faire une idée et si l’expérience musicale ne vous convainc pas, l’expérience sociale elle ne peut pas vous décevoir.
ACEYALONE ARRIVE
Aceyalone c’est le nom d’un rappeur américain, un Californien de Los Angeles. Anonyme en France il n’en est pas moins un rappeur reconnu outre-atlantique comme l’un des meilleurs de tous les temps.
C’est à l’époque où N.W.A produisait le son spécifique à la West Coast qui allait devenir le gangsta rap qu’Aceyalone et trois potes montent le groupe « Freestyle Fellowship ». C’était le véritable son underground de Los Angeles à l’époque. En 1991 ils sortent un album « To Whom It May Concern”, puis un autre « Inner City Griots » et le groupe se sépare. Aceyalone commence alors un nombre impressionnant de featuring. Partout où il passe on reconnaît son phrasé unique.
En 1995, il sort son premier album solo « All Balls Don’t Bounce » et trois ans plus tard le deuxième « A Book of Human Language » un pur bijou. Entre temps il aura été le maître d’œuvre d’un projet : Project Blowed qui donna naissance à une compile puis à un label Project Blowed Recordings sur lequel il continu d’éditer ses morceaux.
Ce qui caractérise ce MC à part c’est sa capacité à créer des mélodies et des rimes quel que soit l’environnement sonore. Basé sur des techniques de spoken word et d’improvisation dans tous les styles, il rappe à la marge, toujours sur le fil du rasoir, à la limite de l’essoufflement, mais comme un chat il finit toujours par retomber sur ses pattes. Adepte du Slam il cultive les mêmes vertus qu’un Saul Williams souvent plus médiatisé.
Aceyalone arrive non seulement parce que son dernier album « Accepted Eclectic » devrait sortir sous peu, mais il arrive surtout parce que l’écho médiatique qui lui est du sera, je l’espère, au rendez-vous de l’an 2001. Il est temps qu’il sorte de l’ombre et que chacun puisse apprécier son talent autant qu’il le mérite.