
Mac Dre, si ce nom n’évoque rien pour vous, c’est sans doute que vous n’êtes pas très West Coast, que le dernier disque que vous avez achetez date de 1998 ou que tout simplement vous n’aimez pas le rap.
Mac Dre est un rappeur du Nord de la Californie, originaire de la banlieue de San Francisco, mort en 2004 dans une fusillade en voiture. Avant de disparaitre de la manière la plus hip hop qui soit, il aura donné naissance à un mouvement musical, de petite envergure mais tellement sympathique qu’une trace dans mes archives s’impose : le Hyphy. Prononcez Aïefaïe. Son mot d’ordre « soyez stupides », « agissez comme des cons ». De même que le mouvement psychédélique dans les années 60 était lié à l’introduction du LSD dans la culture américaine, le Hyphy fait un avec l’extasie. En californien, le fait d’être sous l’emprise de l’exta se dit Thizzle. Et précisément, l’hymne du Hyphy composé par Mac Dre se nomme la « Thizzle dance ».
Depuis la mort de Mac Dre, le mouvement a grandit, comme une nouvelle branche du Gangsta Rap faisant la part belle à l’inconscience, le j’m’en foutisme, l’apologie de la défonce, avec comme dénominateur commun à tous ces partisan : la joie. Parmi les grands morceaux de Hyphy, les pierres angulaires de ce courant musical, on peut citer les tubes de Mac Dre : « Feeling Myself », « Since’84 » ou encore « Rappers Island ». D’une manière générale tous les albums de Mac Dre sont des chefs d’œuvres. L’insouciance synthétique des claviers californiens, entre groove, calypso et sonnerie diatonique de vieux téléphones portables, le rap cru et joyeux d’une génération sans illusions ni espoirs, sans aspiration autre que de déconner à plein tube, tout ça est ma fois fort rafraichissant.
Comme on dit dans la Thizz nation : «Thizz is what it is », rien de plus. Un vrai son pour les retardés, pour tout ceux qui ont pris le parti de ne pas grandir, de ne pas devenir blasé, de s’émerveiller pour un rien, de continuer à apprécier les joies simples comme écouter du rap avec des oreilles d’enfant et un sourire de débile mental.
Posté il y a 5 années 3 mois à 0:42. 0 commentaire

Le temps est enfin venu de chroniquer un peu les albums de l’année dernière. En matière de hip hop, 2002 a vu planer l’ombre des Neptunes sur les plus gros morceaux de l’année et rarement une production ne se sera imposée avec une telle foudroyance et une telle hégémonie.
The Neptunes c’est un duo de producteurs : Pharell Williams et Chad Hugo. Originaires de Virginie, ils avaient déjà avant 2002 signé pas mal de morceaux dont notamment pour la chanteuse Kelis et le rappeur Ol’Dirty Bastard. Fin 2001 ils s’étaient révélé à un public plus large avec la sortie de leur premier album N*E*R*D qui est venu secouer toutes les têtes en réalisant une fusion ultra efficace entre sonorités hip hop et rock. Un son neuf qui a séduit la planète toute entière et contribué à l’explosion du groupe en 2002 avec la sortie de Grindin’ morceau instantanément reconnu comme un classique du genre et Lapdance qui tournera en boucle à la télé. La même année, à côté de ce succès, The Neptunes laissent leur trace sur une quantité inouïe de disques et non des moindres : Jay-Z, Mystical, Janet, Common, Busta Rhymes et Mary J Blige pour ne citer que les plus connus.
Dans le magma des productions estampillées Neptunes donc, un disque sort du lot et mérite de retenir votre attention tout particulièrement. Il s’agit de Lord Willin’ du groupe Clipse composé de Pusha T et Malice et produit par qui vous savez. Sur le label des Neptunes, Star Trak, Clipse nous livre quelques perles inestimables dans cet album dont le désormais légendaire Grindin’ mais aussi des bombes moins médiatisées mais tout aussi dévastatrices comme When The Last Time, Cot Damn, Ma I Don’t Love Her et Ego. C’est le genre de LP qui fait date et qui reste dans l’histoire du son comme un sérieux virage. Passer à côté serait prêter le flanc à une grave lacune.
Après Outkast qui avait un temps fait découvrir Atlanta comme un autre centre possible du rap d’outre Atlantique, les Neptunes font de Virginia Beach un nouveau haut lieu de la conception sonore américaine. Au fait et à toutes fins utiles la Virginie ça se trouve sur la côte Est, en dessous de Washington DC.
Posté il y a 6 années 11 mois à 2:29. 0 commentaire

C’était hier sur le bateau le plus hype de la capitale : le Batofar. Au fond de la cale en acier du bateau rouge, trois punks des temps modernes ont fait gronder leurs voix et leurs machines.
Depuis leur passage remarqué aux Transmusicales de Rennes l’année dernière, ont peut dire que le show s’est rôdé. La base reste la même : Trois MC qui sont également trois musiciens sur scène, manipulant en temps réel des boucles et des effets. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Anti Pop Consortium (APC), résumons l’affaire en disant qu’il s’agit d’un groupe de rappeurs hors du commun qui compose ses morceaux avec des sons électroniques ultra violent qui rappellent la techno.
Sur scène, c’est un vrai show à la ricaine avec une occupation de l’espace bien maîtrisée, un lancé de T-shirt en bon et dû forme, l’inévitable promo du disque et enfin le rappel propre. Mais le public en a pour son argent. Contrairement à la plupart des groupes de rap, APC ne donne pas dans le scratch ou le djaying mais dans le live pur. Les MPC sont là, posées sur une table centrale, les synthés aussi et le tout constitue ce qu’ils appellent eux-même le “lab”. Espèce de bouillon de culture digital d’où sortent d’abords des sons fous, trop forts, torturés, puis des rythmes se dégagent peu à peu du magma sonore et finissent toujours ou presque par l’emporter.
En un mot comme en mille : une démo. Paris a pris sa claque, le futurisme du South Bronx est passé par là et quelque chose me fait penser que ce n’est pas la dernière fois.
Posté il y a 7 années à 23:14. 0 commentaire

A l’heure du MP3, des mini disc et de l’infinie mémoire numérique, la cassette audio prend un bon coup de vieux et rejoint presque le vinyle au panthéon des supports à l’authenticité rare. C’est pourtant une chrome 90 minutes qui fait l’événement aujourd’hui.
Tous à vos auto-radios ! DJ Ewae frappe une fois encore en mixant et en cosignant la sélection des 24 morceaux qui composent l’excellent second volet du concept Acoustik Addiction. Sous ce nom explicite se cache un collectif qui se défini lui-même comme : The hip hop benefactors’ association. Loin de New York dont on connaît jusqu’au toaster du coin, les rappeurs qui intéressent Teorem et Ewae viennent de Minneapolis, Atlanta, Philadelphie ou Los Angeles. Underground garanti, la seule racine de ce hip hop là est vernaculaire et s’appelle aussi dans le texte : the jazz thing.
Acoustik Addiction volume 2 c’est comment dire, du sérieux, pas spectaculaire mais profond. Les morceaux s’enchaînent comme un venin senti mental parfumé au bitume fondant. On retrouve bien sûr des grosses pointures comme Jeru the Damaja, Del, Aceyalone et Company Flow, mais ils sont savamment dilués dans un univers de flots inconnus. Une musique à ne pas mettre dans toutes oreilles. Mais qui satisferont celles des amateurs pendant des heures. Et, cerise sur le gâteau, la jacket de la cassette, une fois de plus signée Ewae.
Avis à tous les chercheurs en son, considérez la sortie de cette mixtape comme une publication dans la revue Nature. Le mot expérimental est souvent péjoratif mais le fruit des recherches est toujours applaudi. Alors clap your hands every body…
Infoscommandes
acoustikaddiction@hotmail.com
Posté il y a 7 années 2 mois à 16:29. 0 commentaire

Né en 1962, de son vrai nom Ishii Hideaki, DJ Krush est tombé dans le hip hop au début des années 80 avec la sortie du film Wild Style. Mais c’est au début des années 90 qu’il a véritablement explosé.
Sa façon unique de torturé le vinyle lui a permis d’être un des tous premiers artistes à signer sur le jeune label anglais Mo Wax. Le style de DJ Krush a toujours été et reste unique. Tantôt qualifié de minimaliste, tantôt d’expérimental, il est surtout marqué par la culture hip hop et véhicule une profonde nipponitude. Comme dans un film de Kurosawa, tout est dans la retenue. Krush ne lâche rien, il maîtrise. C’est un chirurgien du beat, un calligraphe musical. Sa précision n’a d’égal que sa concentration. Mais il est vain d’en parler d’avantage tant Krush s’écoute plus qu’il ne se raconte. Pour l’écouter il faut soit acheter ses disques (ou des compiles Mo Wax), soit assister à un de ses rares concerts (performance à la frontière du récital et de la messe noire).
Et c’est hier que le maître donnait une messe à Paris. Nombreux étaient les fidèles rassemblés à la Maroquinerie dans le 20ème pour voir de leurs yeux le phénomène. Il a donc officié aux platines pendant plus d’une heure et demi, en mixant ses propres morceaux. Le set qui en a résulté était des plus décousus, sans autre trame que son auteur. Le temps d’un mixe, ce gourou mystique est devenu le point de convergence de tous les regards médusés d’un public statufié par tant de pureté et de radicalisme sonore.
Il a été ovationné comme il se doit et c’est par le plus grand des hasards que votre serviteur à pu, au terme du concert, approcher l’idole et lui faire part de l’immense gratitude que ressentent les DJ du monde entier. Après avoir lâché un sourire laissant entrevoir sa dentition ruinée, vraisemblablement par la came, il s’en est allé dans son van aux vitres teintées courir le monde et le mystifier.
Posté il y a 7 années 4 mois à 3:51. 0 commentaire
Voilà un nom bien énigmatique qui en général ne dit rien à personne. Le sondage mis en ligne sur Trofor.com depuis plus d’une semaine semble le confirmer.
Rammelzee est un parfait inconnu en France, et ça s’explique. Pour faire court disons que c’est un rappeur qui à connu son heure de gloire à la fin des années soixante dix dans l’underground New-Yorkais. C’était un MC connu et réputé à l’époque dont le flot hypnotisant tenait en haleine pendant des heures la première génération du mouvement Hip Hop. Maître du free style, les quelques morceaux que l’on connait de lui sont sur des instrumentaux radicaux voir dépouillés, Rammelzee est au Hip Hop ce que Basquiat est au Pop Art (sauf que contrairement à ce dernier, Rammelzee est encore en vie) : Une espèce d’autodidacte bien entouré et bien inspiré. Basquiat est justement le producteur du morceau le plus connu de Rammelzee : Beat Bop VS K-Rob. Rammelzee c’est un peu un fantôme du Hip Hop, qu’on imagine mort parce qu’il est déjà au Panthéon du double H.
Voilà, si vous croisez ce nom à l’avenir sachez en tirer le meilleur parti, soit que vous soyez comme moi un érudit curieux de parfaire vos connaissances des arts, soit tout simplement que vous souhaitiez entendre celui qui est peut-être le plus grand toaster de tous les temps.
Pour votre gouverne, je sais de source sure que Rammelzee était récemment à Marseille pour un show avec le Rock Steady Crew et qu’un passage est prochainement prévu sur Paris.
A bon entendeur : don’t stop the beat bop !
Posté il y a 7 années 5 mois à 18:28. 0 commentaire
Massacré par la critique, ce film de Edo Bertoglio qui raconte une journée à New York avec Jean-Michel Basquiat mérite pourtant d’être vu car il est tout bonnement trofor.
L’artiste qui joue son propre rôle et les images d’époque (1981) donnent des faux airs de documentaire à cette fiction. Pour résumer, il s’agit d’une plongée dans l’univers artistique et décadent du début des années 80, à l’origine du hip hop. La voix off qui nous livre les pensées poétiques du héros est celle de Saul Williams et c’est une véritable galerie de stars de l’underground qui peuplent la folle journée de celui que tout le monde appelle simplement Jean.
Peintre, graffeur et musicien, il zone pendant toute la durée du film, arpentant les rues, à la recherche d’un billet, d’un ami ou d’une femme. Contrairement à la mythification que certains dénoncent, Basquiat m’a semblé très simple dans ce film, très naturel et on s’identifie finalement assez facilement à lui, artiste paumé, bienheureux, content de parler à ses amis, ne crachant pas sur un joint d’herbe, ne sachant pas vraiment ce qu’il veut ni où il va. C’est l’histoire d’un galérien authentique, comme il en existe encore aujourd’hui, un esprit libre dans la ville.
Ce film, dont la B.O. est une pure merveille, du morceaux Rapture de Blondie aux hystériques solos de Arto Lindsay en passant par les impros de Fab Five et les délires scéniques de Kid Créole, est une bouffé d’oxygène, une pierre de plus à l’édifice de la sous-culture qui pousse dans les failles des murs décrépits. C’est la vie.
Posté il y a 7 années 6 mois à 1:42. 0 commentaire
Aussi vastes que soient les territoires du hip hop, c’est avec un sens aigu de l’analyse et de la volonté d’érudition qu’Art Press les a explorés pour nous. Son dernier numéro hors série propose une étude pointue et pertinente qui contraste avec les banales platitudes répandues ça et là sur le sujet.
Une quinzaine d’articles aborde les différentes facettes du mouvement, tentant d’enserrer l’insaisissable. Il faut reconnaître que pour une fois certains concepts originaux sortent de l’ombre et la lecture de ce magazine se révèle être un excellent outil de lecture du hip hop lui-même. Un bon magazine de chevet, un peu brise crane mais bourré de références. Ce que je lui reprocherais puisqu’il faut bien, c’est d’être tellement précis, méthodique et instructif qu’il finit par en être pédant. Le ton sonne comme celui d’un cours, sorti tout droit de la bouche d’un prof. S’il existe une littérature hip hop un jour, espérons qu’elle sera moins formelle et plus Wild Style sinon ça risque d’être chiant.
Mais trêve de dénigrement, ce numéro spécial est incontournable et si le hip hop suscite en vous des interrogations quelconques vous devez absolument vous le procurer. Or il semblerait après enquête qu’il ait fait l’objet d’un retrait prématuré dans certains kiosques parisiens et il est possible que vous rencontriez quelques difficultés à mettre la main dessus. Néanmoins si vous êtes sur Paris, vous pouvez toujours le trouver à la librairie « La Hune », 170 boulevard Saint-Germain.
Art press
Hors série
Décembre 00
50 fr