Posté il y a 3 années 10 mois à 16:23. 0 commentaire

Beaubourg toujours. Ce mois ci, l’évènement du centre d’art contemporain s’appelle Dionysiac, plus qu’une expo cette manifestation se veut un pot pourri de la création actuelle, du l’art bien gras dans toute son exubérance.
Amateurs de chair fraîche, d’œuvres au Bacon et autres effusions de pigments, amateurs d’impostures, de clichés et de fausses provocations, amateurs de déjà vu, de je veux être et de besogneuse subversion : vous serez comblés. Quand les artistes officiels veulent faire mal ils égratignent à peine. Les chirurgiens plastiques ont beau prendre des hachoirs, ils n’atteignent pas l’efficacité brute des bouchers armés de bistouris. L’intention est là bien sûr, mais c’est bien peu de chose comparer aux enjeux. Alors qu’on attend de voir entrer la mort dans son costume en latex, la peste nucléaire, l’apocalypse des sens, le tremblement du monde, le pet galactique, l’Atlantide de nos vies. Alors que l’on attend l’infamie, l’obscène, le grandiose, l’excès qui se dépasse lui-même, les petits Musées bourgeois nous présentent un rhume, une mauvaise grippe, au mieux quelques pâtés en croûte.
Le tsunami ne leur aurait-il rien appris ? Ces toiles, ces œuvres, ces installations n’effrayent personnes, elles sont timides, presque sages. Où est passé le Dionysos olympique, le vrai ? Où est passée la colère du Dieu de l’orgie ? S’il n’est pas redoutable, si son courroux ne se fait entendre, il n’est rien qu’une icône de pacotilles, une marionnette à bigots. Dionysos la puissance, la force de l’ivresse et de la bourracha, le patrons des atomes lourds est là bien mal représenté. Invoqué une divinité pour lui servir la soupe est une offense. Craignez jeunes parisiens sa vengeance. Ou bien faites comme moi, mettez sa faveur de votre côté : allez-y bourré !
Malgré son titre périlleux, cette exposition mérite tout de même que vous lui consacriez quelques instants. Ne serait-ce que pour les trois œuvres que présente le collectif d’artistes autrichiens Gelatin. Et puis le reste par curiosité.
Posté il y a 4 années 9 mois à 19:41. 0 commentaire

Il fait parti de ces peintres qui font de l’Espagne le pays de la couleur, Joan Miro, le concepteur, le peintre génial est une fois de plus à l’honneur pour ce printemps 2004 au centre Georges Pompidou à Paris.
Explorateur et architecte pictural dans l’âme, son style si caractéristique ne s’est pas fait en un jour même s’il était là, comme permet de le découvrir l’exposition, dès les premières créations de l’artiste. On découvre le “early” Miro, celui du début des années 1920. On comprend, en regardant sa production, à la fois l’influence et le recul que les débats des intellectuels et les tableaux des autres peintres de l’époque suscitent en lui. Comment ne pas succomber à un Miro rebelle qui déclare lui-même vouloir tuer l’art ? Paradoxe d’une originalité évocatrice.
Miro se place en amont. Il dessine et il peint ce qu’il y a sous les choses, avant les choses. C’est un peintre de l’infra structure, du minimal, de la graine. Il joue avec l’équilibre de ses compositions comme les frères Fratellini sous leur chapiteau. Le titre de l’accrochage “1917-1934 La naissance du monde” souligne le lien quasi ombilical qui relie les toiles de Miro à une sorte de quête mystique. Cette volonté de retour aux origines, non pas dans le ventre dans sa mère mais plutôt dans ce qu’il y avait avant.
Les entrailles du génie sont sorties, il a les tripes à l’air, une occasion qui ne se présente ma fois pas si souvent et qu’il serait fâcheux de rater. Du 3 mars au 28 juin à Beaubourg, ne laissez pas une giboulée vous en priver.
Posté il y a 5 années 2 mois à 20:13. 0 commentaire

Usine à rêves, Beaubourg fait partie de ces Musées capables de créer des phénomènes de masse. Temple de la culture, le centre Pompidou est à l’art ce que les grandes surfaces sont à la consommation : un univers fait d’arguments plus quantitatifs que qualitatifs qui ouvrent la voie à toujours plus de merchandising et de mythification.
Mais pourquoi tant de haine ? Bien heureusement l’exposition dont il est question ici,<i> Jean Cocteau, sur le fil du siècle</i>, mérite plus d’éloges que de critiques. Un nombre considérable d’œuvres (900 pièces) retrace l’histoire de l’art du siècle passé à travers le fabuleux destin de Cocteau. Du Cabaret Voltaire aux nuits chaudes de Manhattan, des surréalistes aux nouveaux réalistes, pas un courant n’échappe à la figure de Jean. Un effort tout particulier a été fourni par les organisateurs de l’exposition pour faire partager la grande diversité des supports utilisés par l’artiste : les textes, les dessins, les croquis, les photos, les films mais aussi les costumes, les sculptures, les installations, etc.
La scénographie de cette exposition stupéfiante consacrée à l’illustre toxicomane est sombre, calfeutrée et confinée. Elle rappelle l’ambiance pesante des fumeries d’opium ou les rêves accompagnent la fuite du temps et finissent par s’évanouir en impalpables volutes. On reste plus fasciné par la vie de l’artiste et par ses fréquentations que par son oeuvre à proprement parlé. Cette dernière semble inaccessible parce que trop personnelle, elle fait un peu l’effet de la lecture d’un journal intime. Et elle est aussi diluée et occultée par celle de ses pairs qui le prennent comme sujet. Le Cocteau devient un exercice de style auquel tous se livrent.
Dans les sérigraphies de Warhol, Cocteau est rabaissé au rang d’une Marilyne Monroe ou d’une Liz Taylor. Véritable icône, Cocteau tel qu’il est présenté ici est une authentique star, un pur produit. Alors vous aussi, allez à Beaubourg parce que vous le valez bien, en plus, en ce moment le 20ème siècle est en promo : une pléiade d’artistes pour le prix d’un !
Posté il y a 6 années 9 mois à 18:23. 0 commentaire

On l’attendait tous, la grande rétrospective de Beaubourg consacrée au mouvement surréaliste a ouvert ses portes. Depuis qu’une reconstitution du bureau d’André Breton était visible dans la collection permanente, on avait tous envie d’en savoir plus sur cette époque si féconde et présente aujourd’hui encore à tant d’égard.
L’expo est immense, elle a lieu au dernier étage du Centre Pompidou et durera jusqu’au 24 juin. J’y ai découvert le travail de Masson jusqu’alors inconnu au bataillon des incultes dans mon genre. Il cartonne, pas moins que Max Ernst d’ailleurs qu’on connaît d’avantage pour ses sculptures mais qui peint aussi. Les grands sont là, et ils sont même bien représentés. On citera les noms de Magritte, Dali, Giacometti, Man Ray, etc. Il y a aussi le baisé de Picasso et quelques toiles de Picabia. Mais le clou, le summum c’est Joao. L’incroyable Miro nous régale de ses peintures. Même s’il n’est pas un peintre inconnu des aficionados de Beaubourg, cette exposition propose un panel bien plus étendu de ses œuvres que le simple échantillon que nous connaissons.
Ma critique ne saurait entamer une telle manifestation de génies. Certes on peut reprocher comme dans tous les grands accrochages d’en prendre plein la gueule, d’être fatigué à la fin et de n’en plus pouvoir mais s’il faut y aller deux fois pour tout voir, le jeu en vaut la chandelle. Des explications écrites d’André Breton et de Paul Eluard jalonnent l’expo et donnent quelques précisions sur les délires de l’époque qu’on retrouve aisément dans la création contemporaine.
Si vous vous sentez Trofor dans votre tête, allez donc vous mesurer aux as du début du siècle et comme moi, vous sortirez de là-bas épuisé et plein d’humilité.
Posté il y a 7 années 2 mois à 20:02. 0 commentaire

Inconnue du grand public, cette artiste Sud Africaine vivant en Hollande mérite largement que vous jetiez un œil si ce n’est deux à son travail actuellement exposé à Beaubourg.
Occupant la galerie d’art graphique du Centre Georges Pompidou jusqu’à Noël, elle risque d’avoir l’effet d’une révélation pour certains. Elle peint les corps, les situations avec une technique et un talent qui lui sont manifestement bien propre. La plupart de ses dessins ou tableaux sont fait à l’encre de Chine, et le noir et blanc revient souvent dans ses compositions dont le réalisme est au final saisissant.
Quelques infos purement factuelles : Marlène est née en 1953 à Cape Town en Afrique du Sud. Elle est arrivée en Hollande en 1976 et c’est à cette période que commence sa production. Il est étonnant de voir à quel point ses travaux sont récents et pourtant dénués de tout lien avec l’univers classique de l’art contemporain à savoir les thèmes de la consommation, des média et de la marchandise.
Mais il est tellement difficile de parler de peinture que j’ai envie de vous envoyer directement là-bas vous faire votre propre idée, mettre votre tête face aux siennes.
Posté il y a 7 années 3 mois à 14:33. 0 commentaire

Du beau mais pas du facile, pour une fois depuis bientôt un an, Beaubourg offre à voir une expo exigeante, pointue. Jean Dubuffet en est le sujet et il est accessoirement celui que l’on surnomme en France le Pape de l’art brut.
Tout a déjà été dit et écrit au sujet de cet artiste singulier. Les critiques formulés à son encontre sont autant de bonnes raisons d’aller se faire sa propre idée. Une chose est sûre c’est que Dubuffet est un chercheur. Il explore les possibilités des arts plastiques en toute indépendance, loin des façons de faire traditionnelles. En regardant ses toiles et ses volumes il se dégage une certaine forme d’intelligence, de cohérence artistique. Il suscite le goût, plait ou déplait mais ne laisse pas indifférent.
D’un point de vue purement descriptif, Trofor.com se doit de vous éclairer sur la notion d’Hourloupe dont Dubuffet est le créateur et qui représente peut-être la partie la plus originale du travail de l’artiste. En utilisant des couleurs simples (bleu, blanc, rouge et noir) l’artiste dessine des formes parcellaires comme des plaques, des morceaux de matières qui sont autant de fragments de mémoire et qui constituent les particules élémentaires de ses tableaux. C’est une sorte d’aboutissement de son travail sur la matière.
Dubuffet est un philosophe de l’art brut qui développe ses propres systèmes et qui mérite qu’on s’y intéresse. C’est une bonne occasion de le faire vu le nombre de pièces exposées, vous avez jusqu’au 31 décembre.
Posté il y a 7 années 5 mois à 3:47. 0 commentaire

Beaubourg encore et toujours ! Jusqu’au 3 septembre, le centre d’art contemporain le plus central de la capitale propose une rétrospective de l’œuvre inachevée de Raymond Hains.
Si son nom vous est étranger c’est peut-être que vous n’êtes pas familier des Nouveaux Réalistes, courrant auquel il a été longtemps associé. Artiste très conceptuel, son œuvre dialogue avec la ville et joue avec les mots. Précurseur du graffiti, il a une vraie démarche expérimentale. C’est un rusé pour qui les lapalissades du langage et les palissades des chantiers ont des choses a se dirent…
C’est frais, imaginatif, coloré et extrêmement moderne. C’est une vraie leçon d’humilité pour tous les jeunes qui croient révolutionner le monde de l’art en faisant le quart de la moitié de ce qu’un tel génie est capable de faire en une après-midi. Je m’emballe un peu mais c’est pour mieux vous inciter à vous y rendre.
Honnêtement, si vous avez un peu de sensibilité et un sens de l’humour bien urbain, je vous garantie que vous lâcherez au moins un sourire en faisant le tour de cette expo. Et, cerise sur le gâteau : papy (il est quand même né en 1926) fait du web ! Suivez les liens…
Posté il y a 7 années 7 mois à 12:57. 0 commentaire

Voilà un thème d’exposition bien racoleur et spectaculaire, ce à quoi le Centre Pompidou commence à nous habituer. On est loin de l’élitisme qu’on peut attendre d’un centre d’art contemporain digne de ce nom.
A ce titre, l’a priori de la rédaction avant la visite était très négatif. A priori qui s’est vite dissipé et ce pour plusieurs raisons qui sont autant de qualités à mettre au crédit de cette manifestation :
La quantité de pièces exposées tout d’abord qui plonge littéralement le visiteur dans l’univers hitchcockien ne le privant d’aucuns détails, y compris les plus anecdotiques.
L’éclairage qu’apportent notamment les commentaires (écrit sur les murs tout au long de l’exposition) sur la démarche artistique du maître du suspens et qui échappe le plus souvent au spectateur des films. L’importance de la peinture dans le travail du cinéaste ou ses influences littéraires par exemple.
Enfin, l’effet général que ressent le visiteur à mesure qu’il progresse dans cet univers, le même que celui produit par les films du réalisateur : une certaine idée de l’angoisse…
Autant de bonnes raisons d’aller faire un tours à Beaubourg.
Malgré toutes ces qualités et l’intérêt évident que présente une telle exposition, la critique initiale demeure. Un musée d’art contemporain ne se doit-il pas d’explorer des mondes moins superficiels que ceux du cinéma grand public ? Sa mission s’il en a une, ne devrait-elle pas le conduire à organiser des accrochages plus provocateurs et subversifs, à faire connaître des talents d’aujourd’hui, moins consensuels ?
Alfred Hitchcock et l’Art ou comment jouer à se faire peur dans un Musée qui ne prend pas de risques.
Du 6 juin au 24 septembre 2001
Au <A href=”http://www.centrepompidou.fr” target=”_blank”>Centre Pompidou</A> à Paris.
Posté il y a 7 années 9 mois à 16:31. 0 commentaire
Non content d’être au centre géographique de la capitale, le Centre Pompidou alias Beaubourg semble s’imposer de plus en plus depuis sa réouverture comme le centre de la tendance, d’une tendance populaire évoluant à la vitesse de la mode. C’est en tout cas l’impression que donnent les expos qui s’y succèdent comme les collections d’un créateur sous les yeux du public médusé.
La dernière qui ouvre ses portes aujourd’hui est comme son nom l’indique consacrée au Pop Art. Une rétrospective déjà étalée dans la rue qu’on attendait presque. L’effet recherché par le pop art est perdu, éteint même si les néons ont été rallumés pour l’occasion et que les œuvres exposées déchirent. Comme si la surexposition de ces images tournées vers les images les avait ternies.
L’expo est un best of du Pop Art. Son nom même : « les années pop » ressemble à celui d’une compile de base. C’est très complaisant et très éloigné du pop art d’aujourd’hui qui se radicalise à l’inverse de l’effet produit par le temps sur les œuvres. Le pop art se nourrit d’une image jetable et doit accepter d’être lui-même jetable ou du moins périssable.
Allez donc voir ce qu’il reste de nous là-bas. Le « Tableau à grande tension » de Martial Raysse et beaucoup d’autres pièces méritent d’être approchées et contemplées ; c’est du réchauffé mais c’est trofor.
L’art populaire investit le Musée le plus populaire de la capitale jusqu’au 18 juin.
Posté il y a 7 années 11 mois à 0:00. 0 commentaire
Alberto Giacometti, le dessin à l’œuvre ; c’est le nom donné à l’exposition qui ouvre ses portes aujourd’hui au Centre Pompidou et qui accueillera jusqu’au 9 avril un accrochage des dessins de l’artiste plus connu pour ses sculptures longilignes.
Passée l’inévitable queue avant d’entrer dans ce genre d’expo très prisées, on découvre les travaux sur papier de Giaco. Parmi les quelques 150 œuvres exposées on trouve quand même quelques sculptures pour rappeler l’esprit du maître, une dizaine de peintures (sublimes) et une foule de dessins. Comme des plans ultra descriptifs, des préparations de ses réalisations tridimensionnelles. On reconnaît les silhouettes élancées, on reconnaît le travail sur les textures, la granulosité en surface propre à Giaco. Le trait est soit de crayon, soit de fusain ou d’encre mais il est presque toujours noir et bizarrement juste. Les portraits qu’il capture, les attitudes dénotent déjà une propension peut-être naturelle à la mise en espace. L’œuvre dessinée de Giaco est bouleversante parce qu’à l’image de son œuvre sculptée, elle est tournée vers le corps.
La visite du sixième étage de Beaubourg est donc vivement recommandée à tous les amateurs de sensations picturales fortes, voir trofortes.
Pour conclure et afin d’alimenter une polémique qui n’a pas lieu d’être et que seul Trofor.com peut avoir la bêtise de déclencher, on peut dire que Giacometti peintre est autrement plus fort que Picasso sculpteur !