INNA DI RUB A DUB STYLE

Posté il y a 3 mois1 semaine à 2:46. 0 commentaire

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Yellowman, Toyan, Barrington Levy, Little John, Charlie Chaplin, Michigan and Smiley, autant de noms qui illuminent le Panthéon du rub a dub mais qui malheureusement n’évoquent rien chez le simple mortel, ignorant la substantifique moelle gargantuesque de l’existence.

Le rub a dub est une chance, c’est comme la foi. Ceux qui l’ont, ceux qui croient en la puissance du flow, à l’effet de ces phrases scandées, à l’énergie rythmique de l’intarissable logorrhée verbale qu’on appelle toast, ceux là, qui pour la plupart connaissent ceux-ci, ceux là sont chanceux, car ils détiennent un énorme kif, aux portes du cerveau et même jusqu’en son sein grâce au truchement névralgique de l’oreille ainsi qu’à celui d’autres organes sensoriels tous parfaitement réceptifs. Le rub a dub est une expérience totale, corporelle et englobante. C’est une attitude quasi méditative par rapport à la musique, une approche presque mystique qui implique l’adhésion de l’auditeur, son implication, sa croyance en la magie et aux rites.

Vous l’avez bien compris, Charlie Chaplin n’a rien à voir avec le 7ème art, en l’occurence, c’est juste le pseudonyme d’une grande star du rub a dub ayant fauché son nom à une personnalité de sa jeunesse ; tout comme Clint East Wood et Lee Van Cliff. Mais éclairons un peu la lanterne des ignares. Le rub a dub est un style musical qui vient directement du reggae. C’est le cousin équidistant du rap et du reggae. Il est l’ancêtre direct du ragga. Pour faire simple, remontons à l’explosion du dub dans les années 70 et à l’apparition du style DJ, c’est-à-dire, tout comme cela s’est produit avec le disco et la culture club partout dans le monde à la même époque, l’apparition de la figure du DJ, l’augmentation de l’importance de son rôle avec la prolifération des systèmes de sonorisation, sans doute un déclin du live, la folie du disque bref, la naissance du Sound System. Le style DJ dont la figure emblématique restera à jamais U-Roy, consiste a scandé quelques mots sur des morceaux instrumentaux de reggae, c’est-à-dire du dub.

Le rub a dub, va un peu plus loin que ça puisqu’il introduit un élément mélodique dans le discours, fait de la voix elle-même un instrument supplémentaire du dub. Reprenant les accords de la ligne de basse, elle donne naissance au premier flow de l’histoire, introduisant de légères variations dans le son, comme un didjeridu. Ce qui se dégage de la voix dans le rub a dub, c’est un souffle, contrairement au style DJ dans lequel la voix est d’avantage une ponctuation, un cri. Mais la différence est ténue et les discours sur les genres musicaux toujours assez oiseux et pédant. Genre donneur de leçons… Bref, en 1979, lorsque Johnny Osbourne sort son album « Truth And Rights », on peut dire que le rub a dub existe vraiment, qu’il est style autonome et en pleine expansion.

Vient alors l’âge d’or du rub a dub. Sur la scène musicale reggae, le succès des dancehall pousse inexorablement la production vers des sons de plus en plus modernes et c’est l’avènement au début des années 80 du style early digital. En 1985, Wayne Smith est le premier homme de l’Histoire a posé son flow sur le Sleng Teng (premier riddim entièrement digital). A partir de la fin des années 80, et avec l’explosion du rap aux Etats-Unis, le rub a dub commence alors à décliner pour laisser place au ragga, un rub a dub vitaminé, d’avantage formaté, basé sur quelques gimmicks et plus propice à une exploitation commerciale.

Bref, il y quelque chose de psychédélique, de progressif dans le rub a dub, qui fait que cette musique ne passera jamais en radio. C’est comme je le laissais entendre au début, une vraie musique de hippy, une ode à la nature contemplative de l’homme. Aujourd’hui le rub a dub n’existe plus vraiment. Mais son énergie perdure, ça et là, dans le ragga, dans le hip hop, au détour d’un flow bien senti, de quelques lyrics posés avec rebond, tonus et souplesse.



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