CAROLE BENZAKEN
Posté il y a 3 années 6 mois à 23:10. 0 commentaire

Peindre des brebis dans un champ est une chose. Les peindre en les observant depuis une voiture lancée sur l’autoroute en est une autre. C’est précisément cela qui fait tout l’intérêt du travail de Carole Benzaken.
Lauréate du prix Marcel Duchamp 2004, elle exhibe ses oeuvres actuellement et jusqu’au 7 février dans l’espace 315 à Beaubourg. Exposée comme nous tous au flux médiatique ininterrompu, au rythme effréné de l’information qui se déverse, elle nous propose de voir le résultat de sa propre digestion. Pour fixer le mouvement elle s’est mise en mouvement elle-même. Comme elle le raconte dans une vidéo introductive, après avoir acheté une voiture aux Etats-Unis, elle s’est mise en route et a commencé à peindre et à dessiner son environnement sous la forme d’une collection de fragments. Elle accole des éléments sans rapports apparent dans de longues frises de miniatures, évocation du ruban qui défile sous les yeux du voyageur autant que des images d’une télé sur laquelle on n’arrêterait pas de zapper.
Elle sample visuellement le monde et restitue le tout sous la forme d’un break beat pictural. L’expo s’intitule “Search For The New Land”, nom d’un album de Lee Morgan, célèbre trompettiste de Jazz ayant connu son heure de gloire à la grande époque du label Blue Note, dans les années 60-70. Mais retournons à nos moutons ou plutôt à nos brebis. Au milieu de ses peintures qui représentent la banalité du monde, un appareil photo numérique, un kit mains-libres posé sur un siège d’automobile, une femme armée d’une kalachnikov, un oeil, un couché de soleil, Carole a introduit des petites vidéos. Juste pour dire que le support est mort sans doute, que le média est secondaire, que ce qui compte ce sont les brebis.
Allez-y, regardez son travail et écoutez la en parler et en rire. Peut-être alors serez vous séduit par l’idée qu’elle n’a de cesse d’illustrer : nous sommes les spectateurs d’un monde qui voyage autour de nous.
